El Watan - février 2015

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Dans El Wattan du 2 février 2015, rubrique Arts et Lettres, Le journaliste Slimane Aït Sidhoum rappelle fort opportunément une des pages de l’Histoire hispano-algérienne du XXe siècle peu connue. Et il le fait au travers de livres qui révèlent ce que l’on sait finalement si peu, dont celui de Rosa Cortès « La petite fille sous le platane » paru en librairie en janvier 2015 dans nos éditions.

Voici un extrait de ce qu’il écrit dans son journal :
L’histoire de l’émigration espagnole en Afrique du Nord au moment de la révolution de 1936 reste encore à écrire. Quelques témoignages apparaissent ici ou là, avec beaucoup de fictions qui ont un ancrage dans la réalité. On peut citer les écrits de Michel del Castillo qui évoque un séjour à Oran avec sa mère qui travaillait à Radio Madrid pour le compte des républicains.
Yahia Belaskri dans son avant-dernier roman, Une si longue nuit, retrace le destin d’une famille ayant fui le régime de Franco pour vivre dans l’Ouest algérien dans une forme de précarité indescriptible voulue par le régime colonial. Cette immigration ne ressemble en rien à celle, plus ancienne, venue de la péninsule ibérique au XIXe siècle, à la faveur de la colonisation.
Pour revenir aux républicains espagnols et leur histoire en Algérie, on peut aussi lire en ce début d’année 2015, La petite fille sous le platane, de la sociologue Rosa Cortès. Son histoire familiale commence dans le petit village côtier de Polop, dans la région d’Alicante. C’est un village pauvre ruiné en 1900 par le phylloxéra, cette maladie qui décime les vignes. Ce fléau a jeté sur les routes du monde des milliers de paysans espagnols qui iront en Argentine, en Australie et en Algérie. La petite fille nous apprend que ses grands-parents avaient vécu au début du XXe siècle à Alger, près de Kouba. Elle nous conte l’histoire de ce père révolutionnaire qui s’est enrôlé dans le mouvement libertaire communiste, devenant volontaire dans le corps des policiers fidèles à la République. Pour fuir les exactions du franquisme, la famille se réinstalle à Alger vers la fin des années quarante.
Héros déchu, le père sera encouragé dans cet exil par sa femme et son frère. Dans le contexte colonial qui caractérise Alger, la mère éprouve beaucoup de difficultés à s’adapter, car tout est nouveau en colonie et les démarches administratives sont harassantes. Sans oublier cette crise mystique qui va l’affecter dans cet exil algérien sous l’œil vigilant d’un mari athée. Entre le mysticisme de l’un, l’athéisme de l’autre, la petite fille ajoute son grain de sel en refusant à l’âge de dix ans de faire sa communion.
Et pour continuer sur sa lancée laïque, elle rejoint l’école publique de filles Fontainebleu de Belcourt, où ils viennent d’emménager. La découverte d’Alger fut pour la famille un émerveillement, avec «l’urbanisme d’une métropole dynamique qui juxtaposait immeubles ruisselants de blancheur, dépôts, usines, hangars». Mais la petite fille ne se retrouve pas à l’école où la barrière linguistique est impitoyable pour les nouveaux venus. Elle va s’employer à dépasser cet écueil pour mieux vivre cet exil difficile.