Aurélie PICARD Princesse des Sables

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Aurélie PICARD Princesse des SablesRECIT

Fille d'un gendarme de Champagne qui berça son enfance de ses récits de conquête algérienne, Aurélie Picard ne pensait pas rencontrer un jour Si Ahmed Tidjani, descendant du Prophète et chef d'une influente confrérie du Sud algérien. Elle en tomba amoureuse, se maria et le suivit dans cette Algérie lointaine alors qu'elle n'avait que 22 ans. Nous sommes en 1872... Commence alors une extraordinaire aventure pour cette pionnière qui construit un palais dans les sables et met en culture plusieurs centaines d'hectares de terre hostile… […] Un destin hors pair où le quotidien confine à l'épopée...

 

Détails

Prix : 5 € TTC

2006 - 116 pages
ISBN : 2-914467-36-2

Extrait

  Rien ne prédisposait la petite Aurélie à son destin mythique… Son père était gendarme. Envoyé en Algérie pour participer à la conquête, il s’était illustré lors de la prise de la Smala d’Abd’el Quader et ne cessait de raconter à sa fille ce fait d’armes en même temps que son attachement à l’Algérie… Ses mots construisaient une Odyssée dans la mémoire de la fille aînée de cette famille de 5 enfants qui avait toujours vécu à Arc-en-Barrois. C’est dans ce petit village de Haute Marne qu’elle était née en 1842. Elle y vivrait sans doute le reste de sa vie dans la monotonie d’un ennui à peine entrecoupé par les messes, les travaux des champs et les veillées. Le seul luxe d’Aurélie c’était le cheval qui lui offrait de grandes échappées en compagnie de son père. Alors, disparaissaient le quotidien et ses carcans pour de larges espaces. Mais, il lui fallait travailler pour aider à la marche du foyer. Elle voulait être institutrice. Elle sera modiste. Néanmoins, ce modeste emploi qu’elle exerçait avec une élégance rare la fit remarquer par Mme Steenackers, l’épouse d’un député qui, séduite, la prit à son service. C’est ainsi qu’Aurélie devint demoiselle de compagnie.

  Avec la guerre de 1870, le couple déménagea à Bordeaux. Aurélie les accompagna et continua de mener une existence heureuse auprès de ses bienfaiteurs. Dans le grand hôtel où ils s’étaient repliés avec le gouvernement provisoire, elle avait la charge des pigeons voyageurs, précieux auxiliaires pour M. Steenackers, devenu ministre des Postes. Dans ce même hôtel séjournait Si Ahmed Tidjani, grand maître de la très influente confrérie des Tidjani basée à Aïn-Mahdi, une petite ville du sud algérien située à une soixantaine de kilomètres de Laghouat.

  Le prince remarqua Aurélie qui ne tarda pas à lui rendre ses attentions… Un coup de foudre sur fond d’Algérie mythique recomposée par la jeune fille depuis cet exil militaire. Très vite Si Ahmed qui avait alors 23 ans, demanda la main de la jeune fille, sa cadette d’un an. Le père consulté accepta… La grande aventure pouvait commencer !  

  A l’époque, les mariages entre catholiques et musulmans étaient interdits mais Aurélie voulait être la femme officiellement et religieusement reconnue. C’était une condition première à laquelle cette jeune fille excessivement déterminée ne dérogerait pas. Les problèmes ne manqueraient pas… A Alger, le gouvernement général fit obstruction à l’union, mais, le Cardinal Lavigerie accepta de les marier selon le rite catholique. Le prélat qui venait de fonder la congrégation des Pères Blancs pour évangéliser les populations du nord de l’Afrique vit dans ce couple des alliés précieux dans son entreprise…

  Pour faire bonne mesure, les deux jeunes gens reçurent une bénédiction du grand mufti d’Alger qui ne put en faire plus, le mariage religieux n’existant pas dans la religion musulmane. Cependant, tous gardèrent leur religion d’origine.

  Le couple pouvait prendre la route. Cap au Sud : 430 km les séparaient d’Aïn-Mahdi. Un long voyage à dos de chameau commençait. Lui était drapé dans son burnous de parade, elle était vêtue de toilettes voyantes et souvent extravagantes dont elle gardera le goût jusqu’à l’automne de sa vie.

  Cette longue méharée donnera à Aurélie la pleine mesure du culte dont faisait l’objet son époux, autant vénéré dans les villes et les bleds traversés. Un véritable conte des Mille et une nuits qui n’empêchait pas Aurélie de mûrir des ambitions pour les mois et les années à venir : elle serait épouse unique et s’il lui fallait vivre dans l’ombre de son saint époux, elle était déterminée à prendre sa part dans l’épanouissement de la communauté. A peine arrivée au siège de la confrérie, elle congédia les deux premières femmes de Si Ahmed et refusa le confort de l’anonymat pour accompagner le prince dans ses déplacements publics, y compris dans ses longues parties de chasse à cheval. Aïn-Madhi sortit bientôt de sa torpeur au grand dam de certains taleb.

  Ainsi, débutèrent les réceptions qui devinrent de plus en plus fréquentes. Si Ahmed se réjouissait des belles manières de son épouse qui sut rapidement s’imposer comme gestionnaire et rétablir l’économie précaire de la communauté. Elle défiait avec tact les pièges des orthodoxes voyant d’un mauvais œil cette Roumia1 que la population appréciait pourtant : humaine, disponible, Aurélie multipliait les contacts, prodiguait des soins médicaux. Elle fit construire un dispensaire, une école. Par sa compassion, elle eut vite raison des religieux. A telle enseigne qu’une vieille femme la baptisa un jour Lala Yamina… un titre réservé aux femmes saintes, qu’elle conserva jusqu’au terme de sa vie.  

  Un jour qu’elle chevauchait en compagnie de son époux, elle décida de marquer une pause à Kourdane, un lieudit situé à 7 km du siège de la confrérie. Elle se reposait à l’ombre d’un pistachier rompant avec l’aridité de la hamada2, ce désert de pierres qui s’étend à perte de vue. Sur un ton presque badin, elle lança à Si Ahmed : La zaouïa3 est devenue trop petite, indigne de la grande communauté dont tu as la charge... Ici, nous pourrions en construire une nouvelle !

  Devant la perplexité du prince, elle se contenta d’un geste du menton en direction des chevaux qui de désaltèraient à une flaque alimentée par un maigre filet d’eau. Il y a une petite source… Nous ferons jaillir l’eau et la vie.

  Ne sachant rien refuser à sa femme, il dodelina de la tête. C’était suffisant…