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Célébrations intimes

Publié dans Collection D'une fiction, l'autre

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Sigrid L. Crohem

« Ces nouvelles imprégnées d’une atmosphère mêlant la chair, la sensualité à l’art, à la beauté, nous forcent à accepter cette seule vérité, à savoir que tout, oui tout et surtout l’illusoire éternité de l’amour est éphémère et que seuls demeurent les instants capturés goutte à goutte dans l’écoulement inexorable du temps. »

 



Détails

Prix : 8 € TTC/épuisé en version papier

2006 - 103 pages
ISBN : 2-914467-32-X

Quatrième

À travers ces nouvelles imprégnées d'une atmosphère mêlant la chair, la sensualité, à l'art et à la beauté Sigrid L. Crohem nous montre cette seule vérité : tout, oui tout, et surtout l'illusoire éternité de l'amour, est éphémère et seuls demeurent les instants capturés goutte à goutte, dans l'écoulement inexorable du temps.

L'espoir est là cependant. Dans les fissures du temps, il s'accroche, résiste à l'érosion. Il est dans le regard posé sur une femme, dans la solitude partagée, dans l'éblouissement et la lumière d'une terre somptueusement décrite, dans l'égarement des mirages qui, contre toute attente, nous révèlent parfois à nous-mêmes, dans la fusion des corps qui n'est que l'écho d'une quête parfois douloureuse, parfois exaltante, mais qui sans cesse nous rapproche de cette éternité.

Nous les voyons ces silhouettes que Sigrid L. Crohem campe avec une infinie tendresse. Elles sont dans les terres chaudes qu'elle porte en elle. Elles sont debout, lucides, et elles tendent la main à la recherche d'autres mains tendues, non pas pour s'y accrocher mais pour qu'ensemble nous puissions ouvrir les yeux et qu'ensemble nous allions à la recherche de ce qu'il y a de plus profond en nous.

 

                                                                                                                                    Maïssa Bey

Extrait

Début de la nouvelle

Histoire de Colombie

Je connus Alvaro sur le Plateau colombien, lors d'une réception donnée par un couple d'amis britanniques à Bogota. Entre les silhouettes dansantes, son regard me pénétra comme un temps de mon existence antérieure. Peut-être un rêve de mon adolescence, un fantasme nourri par la lecture des romantiques prenait-il forme dans le beau visage de cet inconnu ? Dans l'étrangeté de la rencontre du rêve et de la réalité... Je me sentais déjà liée par le secret que nous partagerions des nuits futures.

Alvaro était un homme de quarante ans, isolé dans le monde sophistiqué de la communauté anglaise, aux propos courtois et souvent convenus, dont il partageait la vie. Derrière une apparence farouche, inadaptée aux conventions qu'il acceptait avec une certaine maladresse, se cachait une attraction forte pour ce milieu qui l'apprivoisait. Il y puisait des forces pour s'en distinguer et affirmer sa double origine indienne et espagnole. Plutôt taciturne avant notre rencontre, il surprit bien des gens par les changements qui s'opéraient en lui. Le sourire retrouvait place dans ce beau visage ombrageux. Alvaro s'ouvrait à la vie avec une ardeur nouvelle et devenait audacieux, prenant des risques inattendus de la part d'un homme élevé dans une tradition rigoureuse. Marié depuis de nombreuses années à une Anglaise d'une grande beauté, Elizabeth, son attachement pour elle était profond, mais l'absence d'enfant marquait d'une ombre leur couple. Aussi notre rencontre prit la couleur d'une coutume séculaire, la quête de l'homme mûr vers la jeune fille...

J'ai aimé Alvaro dans les ruelles basses de la ville où il était sûr de ne pouvoir être reconnu. A la nuit tombante, je l'attendais pour le protéger des « qu'en dira-t-on » susceptibles de nuire à la vision « honorable » que la « haute société » avait de lui. Je m'allongeais sur le lit aux draps blancs finement dentelés dans une chambre ouvrant sur un jardin clos. Dans ce lieu secret du plateau colombien, sous la tendre lumière d'une bougie, timide, je m'ouvrais à lui, presque irrévérencieuse dans cette nudité nouvelle. Il m'embrassait longtemps. Je le regardais et ne me lassais pas de son regard sur moi. Je touchais à peine sa chevelure noire. Mes fantasmes devenaient chair cuivrée, senteurs d'épices, regards noirs, lèvres pleines de cet homme dont je partageais les heures volées aux traditions. Certaines nuits, dans l'ombre de la chambre, il nous arrivait de nous perdre, nous cherchions nos regards pour nous assurer qu'ils n'étaient pas mirages. Dans cet étourdissement, je m'égarais à chercher le plaisir et épuisais mon énergie à confirmer la preuve de sa présence. Mes sens s'émoussaient à douter, il devenait l'inconnu dont les mains parcouraient mon corps. Il était pourtant là, au cœur de mon corps. Incrédule, je le cherchais. Sa tête au creux de mes hanches, avec l'audace sensuelle de son désir, je le cherchais encore. Lorsque son sexe jouait de mon aspiration, seul son sursaut de jouissance me révélait mes sens. Mes mains coulaient le long de son corps. Ses tabous envolés, Alvaro s'étonnait de mes doutes, il me pensait heureuse. Il m'enlaçait encore les reins avec rudesse. Je criais. Je pleurais. 

Sous les lampes solitaires, je lui disais :

« Tu m'obsèdes, tu absorbes ma pensée, je suis emplie de toi sans pouvoir te connaître, mes sens sont en flammes, je suis devenue le feu intérieur de la terre, et toi tu me dévores de tes grands lacs noirs, je ne sais où je vais. »

Il répondait :

  « Les terres chaudes seules calmeront la folie de te saisir nue partout dans la ville, sur le plateau des Andes. Aime-moi, laisse-moi te révéler mon désir de toi ! »

Il y eut les terres chaudes ....  

J'éprouvai une telle exaltation à rejoindre Alvaro ! Je pris un vieux taxi à Bogota pour descendre l'unique route de la montagne. Un mélange d'excitation et de peur m'assaillait à l'idée de connaître Alvaro sur ses terres. Le taxi sillonna une route tracée dans la roche abrupte puis des pentes de terre sèche recouvertes de végétation tropicale. Mon état d'émerveillement intensifia toutes les perceptions des couleurs et des bruits de la haute montagne. Ainsi préservée de tout danger, je m'élançai vers l'inconnu.

Comblée, la nature dévoilait pour m'accueillir des régions encore indemnes, livrées seulement aux intempéries et chaleurs tropicales. Les orchidées m'offraient, en une longue vague mauve, une haie de fleurs sauvages happées par les brises. Les chants de colibris, plus forts que le bruit du moteur, me manifestaient leur présence nombreuse dans les verdures, saluant ma venue dans la forêt. En contrebas de saillies de roche, des terrasses jaunies par l'aridité tropicale stratifiées comme des jardins tracés à la serpe, s'ouvraient sur la vallée profonde. Par enchantement, les couleurs devenaient fauves et les feuilles plongeantes des yuccas me signifiaient une arrivée prochaine. Puis environnée d'étranges bambous qui rythmaient mon passage, j'entendis le grondement et le fracas de cascades d'eaux souterraines, écume bouillonnante du futur fleuve qui rejoindrait, à des milles, l'intense lumière de la mer de corail. Les battements sourds de mon cœur exprimaient le besoin d'une halte lorsque, au bout du chemin des roches, j'aperçus la cité indienne. La ville mirage d'Alvaro existait, simplement bâtie de maisons basses de pierres blanches et de toits de chaume

Aux portes de l'hacienda, Alvaro vint m'accueillir courtois et distant, un Alvaro différent. À son attitude, je compris qu'il souhaitait dissocier notre relation amoureuse de l'invitation sur ses terres. J'en demeurai si surprise que mon émerveillement disparut comme une duperie faite à mon innocence. Avais-je oublié son épouse ?

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Chèvre-Feuille étoilée est une édition française à vocation méditerranéenne à sa naissance, elle s'inscrit désormais dans le monde. Elle essaie de diffuser ses ouvrages ailleurs qu'en France. Elle est depuis le début diffusée en Algérie. Notre projet est de la porter dans d'autres pays, et d'autres continents où elle a déjà mis le pied...


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