LA REVUE

Etoiles d'encre 69/70 : Penser la vie

Publié dans REVUE TRIMESTRIELLE

En librairie le 8 mars

Penser la vie, voilà la tâche, écrivait Hegel. Dans le monde comme il va, n’est-ce pas aujourd’hui une urgence ?

Dans un monde entraîné dans une course aveugle au profit, à la consommation, au progrès technologique et au pouvoir, où partout les femmes, les hommes et les enfants subissent le terrorisme et la mort violente, la revue Étoiles d’encre a pour vocation d’explorer des façons de penser et de vivre porteuses de sens et d’espoir.

Plusieurs auteures comme l'écrit Behja Traversac ont ressenti l’intime besoin de dénouer l’énigme de notre présence au monde.

Penser la vie c’est ce que Cécile Oumhani avait fait avec Asli Erdoğan en 2003 dans un entretien publié dans Étoiles d’encre : Écrire Pourquoi ? Et l’on constate, 15 ans après, combien cette écrivaine militante est restée fidèle à elle-même.

Anne Lantheaume-Damville nous livre sa vision de la vie. Ses peintures et installations sont le fruit de sa contemplation.

Feuilletez les premières pages, l'édito et le poème de Rose-Marie Naime et Danièle Maffray

 

 

 

 

Comme Janus ce numéro a deux faces et dans la seconde Sabine Péglion nous offre le récit poétique d’une rencontre improbable entre des femmes du douar marocain “Tafraout N'Gaboun”, au pied d’une montagne “Imoudal”, et des françaises de Paris, les unes ayant demandé aux autres de leur apprendre à broder.

Relier dans la trame, insérer nos différences pour les croiser à la pointe de nos aiguilles, qu’elles deviennent ornements et créations, une possible autonomie. Saurons-nous faire ? Nulle certitude mais l'écoute, le goût de l'autre, cette possibilité de découvrir un pays par une porte dérobée, une lumière oblique ne peuvent que nous aider.  

Sabine Péglion ponctue son récit de poèmes écrits sur place.

Feuilletez ses premières pages



Détails

Genre : Collectif littérature, poésie, peintures et photos
Format : 15 x 21
Nombre de pages : 256 
Nombreuses illustrations dont 20 en couleur

 

 

978-2-36795-115-7
15,00 €


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edito

“Penser la vie, voilà la tâche” Hegel Vivre n’est déjà pas un long fleuve tranquille, mais écrire sur le Penser la vie que nous avons adressé à notre petite communauté littéraire n’était pas totalement sans embûches. Si la vie n’est pas simple pour la majorité des humains alors la penser ! Penser la vie ! pourquoi cette injonction ? Penser la vie comme on penserait un projet, un poème, une revue ou la fabrication d’un objet banal ? Cette assignation à penser ce qui nous fait ce que nous sommes a-t-elle une quelconque validité hors des terres philosophiques ? Salutaire perplexité car nous ne sommes ni Descartes, ni Spinoza, ni Gauchet, ni Badiou… Pourtant, quoi que j’en dise, les auteures de ce numéro n’ont pas été en panne d’inspiration. Elles n’ont seulement pas frémi du désir et de la volupté de s’enquérir1 sur cette question avant d’écrire leurs textes. Du moins, à les lire, je le suppose.

On nous dira : n’est-il pas mieux de prendre simplement la multiplicité de la vie à bras-le-corps avec passion ou avec sagesse ou avec raison sans trop se soucier de ce pourquoi on existe dans ce bas monde. Dans ce cas on considérerait qu’il n’est pas important de s’interroger sur le sens de l’existence, sur le sens de son début et de sa fin, nous démettant ainsi de nos peurs et de nos inquiétudes sur l’improbable espoir que le puissant, l’invincible instinct de vie, suffirait à faire oublier le mystère. Michèle Perret dans son superbe et bouleversant poème écrit : Elle ressemble à une allégorie et se tient à la porte de toutes les cathédrales gothiques de la vieille Europe – mais ils ne l’ont jamais laissée entrer. La vie ?

Pourtant, sans être Descartes ou Spinoza, on aimerait bien pouvoir comprendre comment cet atome chimérique, qu’est l’humain, soit jeté sur cette planète-là pour naître et disparaître. À l’infini. Depuis des millions d’années. La race humaine marche, croit aller quelque part. Elle ne va que vers la mort (V. Meynadier). Même en sachant cela, comment ne pas être tiraillés par la profonde faim de certitude, l’intime besoin de dénouer l’énigme de notre présence au monde.

Et cette énigme-là est une nostalgie insatiable. On la quitte et on y revient, sans cesse, indéfiniment, obsessionnellement. La question est et demeure : comment vivre quand on ne comprend pas ce qui nous fait être et ne plus être ? Comment accepter l’exil à venir, l’exil éternel, l’exil de la vie. C’est que nous ne sommes pas imperméables au temps et le temps impose sa volonté à la vie. Il n’a aucune prévenance. La vie et le temps se confondent dans des noces voraces, dévorantes et, dans cette fusion même, les noces sont pourtant précaires, fugitives. Le vainqueur sera toujours le temps. Elle s’assoit sur l’herbe mouillée et contemple la voie lactée dans l’océan du temps (D. Maffray).

Ce qui n’empêche que notre désir de vivre est passionné, une colonne de désirs, ardents, insistants, nous habite. Même au bord de la mort, nous désirons désespérément vivre, c’est cela le point d’orgue, n’est-ce pas ? Qu’importe le hiatus de l’à-venir, qu’importe La chambre à personne de Rilke illustrant le lieu de la mort, seules comptent au fond, les demeures tangibles, matérielles et intellectuelles aussi nombreuses que les êtres qui ont habité, habitent et habiteront la terre. La force de la vie dit-on.

Alors, l’expérience sensible de la vie n’est pas que cette interrogation par laquelle j’ai commencé, c’est aussi et surtout la certitude d’être au cœur du monde, le monde que nous nous créons, fait, depuis la naissance, de mémoires, d’Histoire, de luttes, d’amour, de création, d’espérances. Un monde où cohabitent nos vacillements et nos résistances, nos tremblements et nos véhémences, nos intuitions et nos doutes.

L’expérience sensible de la vie c’est d’avoir un corps qui sent, qui souffre, qui a faim, soif, un corps qui vit. Ce qui n’empêche que Penser la vie nous renvoie évidemment à l’interrogation millénaire : notre esprit est-il partie de ce corps, avancent-ils et périssent-ils séparément ou dépendent-ils l’un de l’autre ? Comment savoir ? C’est justement ce lent soulèvement des voiles sur ce qui nous est caché qui fait la vie passionnante (M. Malaspina).

Alors ne soulevons pas le voile, étreignons l’ivresse de vivre comme le miracle le plus inattendu, comme la volupté inhérente à l’acte de respirer, de voir, d’avoir un cœur qui bat, d’aimer pour l’autre et pas seulement pour soi. Behja Traversac

sommaire

Edito Behja Traversac                        3

Penser la vie  Rose-Marie Naime             7

 

Forum                        9

Femme  Rachel Cohen            10

Savon d’Alep   Clara Delange            12

Hier, aujourd’hui, demain  R. Cohen            13

Que s’est-il passé ?  Régine Nobécourt Seidel            21

Toi la vie   R-M Naime                        23

Eleonor d’Aquitaine   Cathy Lavigne            27

 

Une artiste à étoiles d’encre

Anne Lantheaume-Damville             29

 

Variations            41

La force obscure  Marie Malaspina            43

Vies rêvées  Mita Vostok            51

Jasmin  Cathy Lavigne            53

La vie de Magaly  Valéry Meynadier             57

Les mots  Aldona Januszewski              63

Autre prière  R-M Naime            65

La visiteuse  Michèle Perret            67

L’oublieuse  Clara Delange            69

C’était un petit garçon  Danièle Maffray            75

La lettre  Annick Demouzon            77

Nuit accentuée  Huguette Bertrand            85

Gelée première  Rachel Cohen             87

Ahmed  Hélène Levasseur            91

À contre courant  R-M Naime            95

Haïkus  Michèle Juan I Cortada             98

La Rando  Nicole Buresi            99

Le grand devin  Aldona Januszewski            103

J’suis décalée  Hélène Levasseur            104

Penser la vie, c’est penser la mort  Fawzia Assaad            107

 

Mémoire et histoire         111

René-Paul Traversac, Un rebelle bienveillant

Behja Traversac et ses ami.e.s            112

La tirelire aux livres  Yvonne Ferran            122

Naïve  Viviane Campomar            127

 

D’un art, l’autre          129

La Saga des géants              130

Textes Annie Duvergnas           

Encres Marie-Lydie Joffre           

 

Partage         133

La marche des femmes à Montpellier            

M-N Arras, Janine Teisson, Nathalie Bénézet            134

Créer la vie M-N Arras            138

3000 nuits Nic Sirkis            142

B comme Bonheur  Nic Sirkis            147

12 petites histoires Aldona Januszewski            156

Une belle aventure  Sylvie Voisin            158

 

À livres ouverts         161

 

On a aimé :

Il y a des choses que non de Claude Ber  par M-N Arras            162

Elles et ils ont aimé :

Tunisian Yankee de Cécile Oumhani  par Dominique Godfard            163

Ben nafa ka tia de F. Diep et A. Olivier  par Janine Teisson            165

Le Bonheur passait, il a fui ! de D. Godfard             166

André Breton, le surréalisme et l’Algérie, ALA par M-NArras            167

Parutions :

Ma fille ne t’en va pas  de Marion Poirson Dechonne             168

Tumultes  de Christine Deroin            170

Marie de Montpel’hier  de Sylvie Léonard            171

L’amer noir  de Nic Sirkis            172

La Cavalière  de Jeanne Galzy            173

Des siècles de vents bleus  de            174

Michèle Petit avec Frosso Axioti Vassilikioti

La merveilleuse histoire de Charles Pipeyroux   de          175

Hélène Pradas-Billaud - ill. Valérie Linder

Melting Plot - Une enfance en Egypte  dePeggy Pepe-Sultan            176

Appel à textes           

Révolutions            177

 

À ciel ouverts          179

La ville dont la cape est rouge

Rencontre entre Cécile Oumhani et Asli Erdoğan

 

18 illustrations couleurs et

nombreuses illustrations noir et blanc

de Anne Lantheaume-Damville

Sylvie Seigneuret

Danièle Maffray, Marie-Lydie Joffre et Mita Vostok

 

artiste

« J’arrive à un âge où je ne pense plus la vie. Je LA VIS.

Vivre ma vie, c’est regarder tout ce qui naît, pousse, grandit, déborde dans la nature encore un peu sauvage, ou bien dans la cité entre deux pierres sur un trottoir.

La vie se faufile partout dans un désordre joyeux, une audace timide, une belle effervescence. En perpétuelle métamorphose sous les lumières changeantes.

Les moindres clapotis, frémissement, chuchotis, bruissement, me rendent vivante.

Tout ce qui sourd, s’étale, s’élève, fuit, tout ce qui gronde et détruit résonne en moi comme un écho.
c’est pourquoi je contemple et je peins :

L’eau de l’étang qui se ride

L’eau de la source qui va disparaître

L’eau de la rivière qui s’abîme en mer

Le rocher qui s’effrite et s’effondre

L’arbre vert devenu rouge

Car penser LA VIE c’est aussi penser LA MORT

Face au paysage, j’oublie qui je suis. De ce vide sans pensée discursive, sans savoir, sans récit, quelque chose va naître.

Cette disponibilité, source d’enchantement et d’énergie, me fait accueillir des formes de couleurs.

S’instaure alors un va-et-vient entre ce que je vois et ce que je suis. Je ne suis pas plus importante que le sujet. Il entre en moi comme j’entre en lui. De cette rencontre surgit de l’inattendu. Une surprise. Un mystère.

Ce n’est qu’une fois la toile « finie » que d’autres processus entrent en jeu ;

C’est ainsi qu’au fil des jours et des années j’ai pu me sentir plus libre et plus forte pour affronter ce monde dont les êtres se croient le centre et tentent, mais vainement au final, de le dominer avec arrogance. »