LA REVUE

Etoiles d'encre 67/68 : Transgressions

Publié dans REVUE TRIMESTRIELLE

Transgressionsen librairie le 15 octobre

Qu'est-ce que transgresser ? Les dictionnaires sont unanimes sur sa définition : « Action de transgresser une loi, un ordre, un interdit… violer », mais une définition est loin de la pratique réelle des sociétés.

Comme on le constate dans ce numéro, la transgression ne s’écrit pas que dans le drame. N’est-elle pas, presque toujours, une manière d'élucider l’énigme des relations humaines ? L’existence même de cette revue, la maison qui la porte et les femmes qui s’en sont emparées, témoignent, avec humilité et fierté, de la nécessité de ces demeures sans entraves où chacune essaie, par l'écriture ou par l’art, de trouver une marge commune d’avenir. En les destinant uniquement à la parole des femmes, nous transgressions la si prégnante domination masculine. Nous nous insurgions contre les silences de bien des femmes… que rompt superbement ici, Djamila Benhabib par son adresse "aux étudiants de sciences po".

En ouverture, nous publions une petite mais significative liste de femmes qui, depuis la nuit des temps, n’ont jamais eu peur de jeter par-dessus bord, les interdits qui leur étaient imposés.

Nous transgressons ici, à nos habitudes : pas d’artiste pour ce numéro, aucune n’ayant fait consensus, mais une invitée. Fanny Steib se définit comme créative, plutôt qu’artiste. Elle est d’abord enseignante et doctorante en lettres. Les collages, photographies, textes, sont pour elle des moyens d’expression permettant de partager une perception du réel, ou de créer des lignes de fuite vers l’imaginaire. Autant de médiums pour s’évader d’un corps devenu contraignant par la maladie.

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Détails

Genre : Collectif littérature, poésie, peintures et photos
Format : 15 x 21
Nombre de pages : 182 
Nombreuses illustrations dont 16 en couleur

 

 

9782367951065
15,00 €


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edito

Liberté ou enfermement

Depuis quelque temps, elle y pensait, aujourd’hui était un bon jour pour réaliser ce projet : elle allait commettre le crime parfait !

Clara Delange

Les textes de ce numéro montrent, s’il en était besoin, la multiplicité des figures de la transgression. Hier, aujourd’hui, demain, toujours, chacune trouve sa vérité, chacune résonne d’une logique interne : obscure ou lumineuse, énigmatique ou explicable, spontanée ou préméditée, la transgression est un cri, une explosion. Explosion d’angoisse, de désespoir, de courage, de vengeance, de folie, immanquablement de désir de rupture, tu as choisi la religion de l’autre, même si c’était bien avant de le rencontrer (Aldona Januszewski.)

Avant d’être un acte, qui libère ou enferme, la transgression est une pensée, un moment d’avancée ou de régression, un acte qui rend à la vie ou l’engloutit. On y désapprend les codes, les certitudes, les tabous… on bascule dans la ferveur brûlante ou glacée d’un cheminement qui souvent nous dépasse. Parfois dans le désordre de la raison, le vertige de l’innommable, non merci d’autant qu’après on a le délit qui s’embusque dans les yeux (Valéry Meynadier.).

On transgresse pour soi ou pour une cause. Révolte ou engagement ? violence ou réponse à la violence ? Il en est de la transgression comme du franchissement des frontières. Une terre à moitié perdue. Une altération du sens de ce que l’on a quitté. On jette les oripeaux des mots subis, des gestes subis, des pertes et des blessures subies. On se vêt d’utopie ou de chimères, on s’invente un horizon qui aurait le goût de l’inconnu, le goût du désir, de la liberté, on reprend des pans de son être, volés et jamais rendus. Mais il y a l’envers du décor dans la transgression. Quand on transgresse on ne fait pas que transposer sa vie, en prendre possession, on peut la subvertir, la sacrifier même sur l’autel de croyances mortifères. Comme si la raison majeure de vivre était forcément hors de l’ici, du maintenant. Hors de la fraternité qui s’offre, hors du sourire qui aime. On eut dit qu’une brume froide et insidieuse s’amassait dans ces cerveaux. Comme si en commettant les actes les plus transgressifs qui soient : s’octroyer le droit inouï de donner la mort aux autres, transfigurait le meurtre et la laideur de son propre destin en légende immémoriale. Un retour de la tragédie tant de fois répétée dans l’Histoire.

Pourtant, comme on le constate dans ce que raconte ce numéro, la transgression ne s’écrit pas que dans le drame. N’est-elle pas, presque toujours, une manière d'élucider l’énigme des relations humaines ? L’existence même de cette revue, la maison qui la porte et les femmes qui s’en sont emparées, témoignent, avec humilité et fierté, de la nécessité de ces demeures sans entraves où chacune essaie, par l'écriture ou par l’art, de trouver une marge commune d’avenir. En les destinant uniquement à la parole des femmes, nous transgressions la si prégnante domination masculine. Nous nous insurgions contre les silences de bien des femmes. Nous espérions (espérons) redonner un peu d’infini au temps qui leur a manqué.

Cependant, il nous arrive parfois, rarement, de transgresser ce choix. Nous le faisons dans ce numéro en publiant la surprenante biographie de Jean François sur des femmes hors du commun, qui transgressaient une règle séculaire dans le domaine incontesté de la virilité : la piraterie. C’est le fruit d’un long travail de recherche dont nous nous sommes saisies comme d’un butin de piratesses.

En revanche, nous sommes bien dans la ligne éditoriale d’Étoiles d’Encre, en publiant, sur une idée de Janine Teisson, une petite mais significative liste de femmes qui, depuis la nuit des temps, n’ont jamais eu peur de jeter par-dessus bord, les interdits qui leur étaient imposés.

sommaire

Edito

Femmes à contre-silence

Forum 

Cher(e) étudiant(e) de Sciences Po, aie le courage d’être une femme libre ! Djamila Benhabib

Le jour où  Janine Teisson

Une erreur de Dieu  Janine Teisson

Oublie !  Aldona Januszweski

Gai ! Gay ! Marions-nous !?!?!?  Rose-Marie Naime

Femmes pirates  François Jean

Huis clos  Danièle Maffray

Réminiscences Rose-Marie Naime

Haïkus  Michèle Juan I Cortada

À la mémoire d’aujourd’hui  Valéry Meynadier

Entretien avec Fanny Steib

La beauté nue

Entretien avec Marie-Noël Arras

Lettre à Manon

Variations

Mathilde, la matonne  Valéry Meynadier

Le crime était plus que parfait  Clara Delange

Mon doux mois d’août Rose-Marie Naime

Orphéa Noémie Aulombard

Le tigre amoureux  Chantal Vidil

La femme de votre vie  Clara Delange

La Maison bleue  Leïla Sebbar

Le goût de la plage  Françoise Renaud

Contre tout ordre  Clara Delange

Dépasser les bornes  Nathalie Bénézet

Fi el guerra  Sagia Bassaid

Mots interdits  Marilyse Leroux

Calais, c’est fini  Nicole Buresi

Ne m’aimez pas   Janine Teisson

Bordheur Laïn Transgresse  Rachel Cohen

À toi amie… Rose-Marie Naime

Être au monde  Fanny Steib

Mémoire et histoire

Las Madres de la Plaza De Mayo  Viviane Campomar

La rafle de Ralph  Clara Delange

D’un art l’autre

Transgression & arts plastiques  Marie-Lydie Joffre

À livres ouverts

On a aimé :

Une enfance dans la guerre, textes recueillis par Leïla Sebbar

par Behja Traversac

par Michèle Perret

Elles ou ils ont aimé :

La nuit des éphémères de Christine Détrez par Hélène Pradas

Les moissons de l’absence de Nathalie Bénézet

Critiques de C Constant et Léopoldine Dufour

Vient de paraître :

Cri  Janine Pham

Les étoiles de Tchernoyl  Viviane Campomar

Appel à textes : Penser la vie

10 illustrations couleurs de Fanny Steib

Nombreuses illustrations noir et blanc de Fanny Steib, de Danièle Maffray et Marie-Lydie Joffre

Remerciements à toutes celles et ceux qui soutiennent cette revue

entretien

Fanny Steib est doctorante en lettres sur les thématiques de littérature dite "francophone", femme multitâche, au cursus et métiers pluriels. La maladie la garde de tout cela désormais pour créer, être maman étant son rôle le plus essentiel.