Véronick Bournel

le Publié dans LES AUTEURES

Véronick BournelNée en décembre 1962 à Senlis, j'ai vécu les premières années de ma vie au sein d'une famille aimante. Enfant, férue de lectures et d'aéronautique, rêvant d'ailleurs, je m'imaginais traverser le monde de part en part. Précoce et vive, je m'aventurais dès mon plus jeune âge dans la conquête de mon autonomie. Après de brèves études littéraires, je quittais tôt le nid familial, les bancs de l'université étant peu compatibles avec mon tempérament impétueux, mon avidité à vivre et à découvrir le monde, plutôt que de l'étudier. Autodidacte, curieuse et pleine d'énergie, je fus très tôt confrontée, veuve, au rôle de parent isolé, dû mener en parallèle : vie professionnelle, éducation de mes deux filles, sans négliger mon développement personnel. Années soutenues, parfois difficiles. Existence bien en main, maturité et désir intense de vivre, alors que je m'élançais avec enthousiasme dans une vie libérée des incertitudes passées, à 38 ans la maladie stoppa en plein vol mon élan.

Parenthèse douloureuse. Durant ces instants, j'ai instinctivement décidé de transcrire mes ressentis. Il me fallait des souvenirs tangibles des ces moments pour clore ce temps suspendu. Amoureuse des mots et des images, j'ai choisi aujourd'hui de me livrer et de partager ce temps de luttes et d'espoir.

 

Salon du Livre de Paris 2007 avec Marie-Noël Arras
Salon du Livre de Paris 2007
avec Marie-Noël Arras

À toi que j'aime

Un dîner entre amis me permet de faire la connaissance de Véronik, surnommée : VNK. Elle me séduit sans le savoir : mystérieuse, indépendante, déterminée, difficile d'approche.

Se voir en tête à tête nous demande quatre reprises avant d'y arriver. VNK se décommande toujours au dernier moment mais, courtoise, propose immédiatement une autre date. Je comprendrai plus tard les raisons inavouées...

Le soir enfin convenu, elle arrive : peau blanche, habillée de noir, une grosse fleur rouge pour tout orne-   ment. Ce deuxième contact me confirme mes premières impressions : je veux la revoir. Elle me plaît. Durant cette soirée elle me dit être atteinte d'une maladie grave. Elle va subir un traitement faisant partie d'un protocole tout récemment mis sur le marché. Il n'y a pas de recul historique sur ce dernier. Elle fera partie des premiers patients traités suivant cette thérapie d'essai.

Ayant retenu le nom de sa maladie mais n'en sachant pas grand-chose, je me renseigne.

Je découvre un monde ignorant. Des questions : beaucoup. Des réponses : à foison ! Je consulte : SOS xxx, mon médecin de quartier, le Vidal, Internet, mes amis, l'avis de ma mère, elle, de son

médecin, de son notaire... In fine, fruit de mes recherches, mon opinion conforte ce que m'a dit VNK.

VNK fait lire le protocole à son entourage. Ce sera dur. Tout le monde est prévenu : descente aux enfers, agressivité programmée. Cela me paraît, enfin je le croyais, exagéré car je suppose que le corps médical se protège juridiquement pour n'être tenu d'aucune responsabilité si cela tourne mal.

Première injection - J'accompagne VNK à l'hôpital. Elle reste allongée, déjà entre deux nuages gris.

Injections suivantes -Le plongeon dans l'abîme s'accélère. Le SAMU apparaît régulièrement, les pompiers SOS médecins. J'apprends à connaître les services des urgences des hôpitaux. VNK en ressort toujours quelques heures plus tard après avoir émargé tout ce qu'il est possible de signer pour dégager toute responsabilité à quiconque. Sortir, croire et faire croire que l'alerte est passée. Elle n'est pas capable de marcher droit. Il n'y a que moi qui le constate, pas VNK, ni son entourage à qui elle cache le plus possible son état.

Viennent épisodiquement de fortes agressions verbales avec ses enfants encore adolescents qui n'évaluent pas bien les enjeux, les douleurs masquées.

Les jours passent et je la vois devenir de plus en plus faible. J'ai peur. J'adapte ma vie à la sienne le plus que je peux. Elle ne s'en rend pas compte. Peu importe, je l'aime et ferai tout pour elle.

Nous parlons beaucoup, ne faisons aucun projet autre que celui de savoir si nous nous revoyons demain ou après demain. Mais nous sommes en phase.

Elle subit l'insatisfaisante approche humaine des grands services hospitaliers. Les rendez-vous oubliés par ceux-ci, les dossiers égarés, le manque d'information. Je suis sûr cependant qu'ils voudraient bien faire. Passons, hors sujet.

Six mois plus tard - tests...analyses de sang...angoisse...attente des résultats, et si ... -  verdict attendu.

La peur au ventre j'attends des nouvelles de VNK qui m'annonce sans joie extérieure:,« rémission, à confirmer dans trois mois ». Nouvelle attente, nouvelle angoisse. Rémission confirmée. Ce sera le début de la remontée, lente, très lente vers une vie - la vie - normale.

La réalité est autre. Sa santé est un yo-yo qui monte et descend aussi rapidement. VNK re-travaille mais à mi-temps thérapeutique. À nouveau le SAMU , les pompiers. Nouvel arrêt total de travail.

À ce jour, VNK n'est toujours pas revenue comme avant, mais s'y emploie de toutes ses forces. La vie c'est beau, l'amour aussi. Nous faisons dorénavant des projets à longs termes.