REVUE DE PRESSE

Café zébré, thé à la menthe - Midi libre - 18 février 2015

mlibre cafezebre

El Watan - février 2015

Dans El Wattan du 2 février 2015, rubrique Arts et Lettres, Le journaliste Slimane Aït Sidhoum rappelle fort opportunément une des pages de l’Histoire hispano-algérienne du XXe siècle peu connue. Et il le fait au travers de livres qui révèlent ce que l’on sait finalement si peu, dont celui de Rosa Cortès « La petite fille sous le platane » paru en librairie en janvier 2015 dans nos éditions.
Voici un extrait de ce qu’il écrit dans son journal :
L’histoire de l’émigration espagnole en Afrique du Nord au moment de la révolution de 1936 reste encore à écrire. Quelques témoignages apparaissent ici ou là, avec beaucoup de fictions qui ont un ancrage dans la réalité. On peut citer les écrits de Michel del Castillo qui évoque un séjour à Oran avec sa mère qui travaillait à Radio Madrid pour le compte des républicains.
Yahia Belaskri dans son avant-dernier roman, Une si longue nuit, retrace le destin d’une famille ayant fui le régime de Franco pour vivre dans l’Ouest algérien dans une forme de précarité indescriptible voulue par le régime colonial. Cette immigration ne ressemble en rien à celle, plus ancienne, venue de la péninsule ibérique au XIXe siècle, à la faveur de la colonisation.
Pour revenir aux républicains espagnols et leur histoire en Algérie, on peut aussi lire en ce début d’année 2015, La petite fille sous le platane, de la sociologue Rosa Cortès. Son histoire familiale commence dans le petit village côtier de Polop, dans la région d’Alicante. C’est un village pauvre ruiné en 1900 par le phylloxéra, cette maladie qui décime les vignes. Ce fléau a jeté sur les routes du monde des milliers de paysans espagnols qui iront en Argentine, en Australie et en Algérie. La petite fille nous apprend que ses grands-parents avaient vécu au début du XXe siècle à Alger, près de Kouba. Elle nous conte l’histoire de ce père révolutionnaire qui s’est enrôlé dans le mouvement libertaire communiste, devenant volontaire dans le corps des policiers fidèles à la République. Pour fuir les exactions du franquisme, la famille se réinstalle à Alger vers la fin des années quarante.
Héros déchu, le père sera encouragé dans cet exil par sa femme et son frère. Dans le contexte colonial qui caractérise Alger, la mère éprouve beaucoup de difficultés à s’adapter, car tout est nouveau en colonie et les démarches administratives sont harassantes. Sans oublier cette crise mystique qui va l’affecter dans cet exil algérien sous l’œil vigilant d’un mari athée. Entre le mysticisme de l’un, l’athéisme de l’autre, la petite fille ajoute son grain de sel en refusant à l’âge de dix ans de faire sa communion.
Et pour continuer sur sa lancée laïque, elle rejoint l’école publique de filles Fontainebleu de Belcourt, où ils viennent d’emménager. La découverte d’Alger fut pour la famille un émerveillement, avec «l’urbanisme d’une métropole dynamique qui juxtaposait immeubles ruisselants de blancheur, dépôts, usines, hangars». Mais la petite fille ne se retrouve pas à l’école où la barrière linguistique est impitoyable pour les nouveaux venus. Elle va s’employer à dépasser cet écueil pour mieux vivre cet exil difficile.

La gazette - Vivante - octobre 2013

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La Provence - Attention ! - octobre 2013

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Canard enchaîné, Histoires minuscules des révolutions arabes

 

 

 

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Le progrès égyptien HMRA

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Sophie Taam HMRA

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Qantara Ma mere

Article de Sélim Jay

 

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biblioblog

 

Rien sur ma mère - Christine Détrez

Autant le dire tout de suite, j'ai été charmée par l'écriture de Christine Détrez. Ce Rien sur ma mère raconte la difficulté de « faire des branches quand on n'a pas eu de racines », avec beaucoup de pudeur et d'intelligence.
Lise,la narratrice, vient de donner naissance à une petite Elsa. Mais ce quipourrait être simple pour tant d'autres, est tout sauf évident pourelle. Alors Lise se confie à Elsa : elle lui raconte ses doutes, sesinterrogations, ses peurs, et sa mère... du moins ce qu'elle en sait.

Lise a perdu sa mère très jeune. Perdue, oubliée, disparue, effacée,cette mère qui lui a donné la vie et qui est partie trop tôt; tellementtôt que Lise n'ayant pas eu le temps de se forger de souvenirs, ne peutque se raccrocher à la mémoire des autres. Mais autour d'elle, tous setaisent, son père en particulier qui ne dira jamais un mot sur lescirconstances de la mort ; mêmes les albums photos ne portent pas tracedu passage de sa mère qui était derrière l'objectif. Alors Lise granditsans poser de questions, malgré l'absence et le vide qui l'envahissentpeu à peu.

Tout change avec l'arrivée d'Elsa : pour sa fille, pour ne pasreproduire les schémas, Lise remonte le fil de son histoire, tente decomprendre, de se comprendre pour pouvoir enfin s'autoriser à être mèreà son tour. Ce qu'elle ne peut vérifier, elle l'invente, le fantasme,mais sans aucune complaisance. Dès qu'il lui semble basculer dans unemièvrerie collante, elle se reprend, s'engueule et corrige le tir.Pourtant Lise n'a pas manqué d'amour, elle a eu une deuxième maman,aimante et dévouée, mais cela ne suffit pas, ne suffira jamais...L'adulte qu'elle est devenue aujourd'hui, plus âgée que ne l'a jamaisété sa propre mère, réalise qu'elle n'a aucun repère et que nombre deces actes d'adolescente et jeune adulte ont été dictés par cettecarence.

Christine Détrez a une écriture délicieuse. Avec une simplicitédéconcertante, sans jamais céder à la facilité, elle nous parle de nosracines, de nos constructions internes, des ravages des non-dits maissurtout de notre capacité à changer la donne, à créer à nouveau. Ellemêle et entremêle son récit de réflexions sur le corps, et montre àquel point celui-ci parle pour nous. Pour Lise, ce sera le vertige dela danse et son exigence terrible : le corps qui souffre, craque etn'est plus que douleur ; douleur physique, pour oublier l'autre, plusgrande et insondable.

Malgré le sujet et la profondeur du propos, Christine Détrez nesombre jamais dans le pathos. Bien au contraire, elle réussit cetalliage rare d'une écriture aérienne et puissante à la fois. Parcertains aspects (la danse, les rapport à la mère et l'écriturecharnelle) ce roman m'a fait penser à Laver les ombres de Jeanne Benameur ; mais c'est une variation très différente àlaquelle nous invite Christine Détrez : ici point de secret terrible,mais la banalité du silence et de l'absence. Et pourtant, malgré unsujet apparemment visité et revisité, Rien sur ma mère est un récit singulier et poignant.
L'écrin est parfois trompeur : avec cette couverture rose bonbon, onpourrait s'attendre à une histoire gentiment mièvre pour fillettes quirêvent de devenir petits rats de l'opéra, or le parfum contenu dans ceflacon est troublant et bouleversant. Une très belle découverte, etj'espère que Christine Détrez, dont c'est le premier roman, nes'arrêtera pas en si bon chemin.

Le vertige du silence - Véronick Bournel- abeille- 24 juillet 2009

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Le vertige du silence - Vosges matin - 21 mai 2009

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Fanon- Le soir d'Algérie - 21 mai 2009

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Ma mère - Culture et Société- 10 avril 2009

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Ma mère - Le soir d'Algérie - 5 février 2009

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Quoi qu'on en dise : Le Petit bard, Le Midi Libre - 22 janvier 2009

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Entière blog la plume francophone , Virginie Brinker _ juillet 2008

Vendredi 18 juillet 2008

Marie-Noël Arras, Entière ou la réparation de l'excision

Chronique

Regards sur l'excision

« Un sourire nouveau sur un corps acceptable, le mien »

Par Virginie Brinker

Les Editions Chèvre-feuille étoilée ont publié en mars 2008 Entière ou la réparation de l'excision de Marie-Noëlle Arras. Ce court ouvrage très dense, riche et documenté, se veut explicatif et informatif avant tout, mais il comporte aussi des témoignages et une nouvelle. Il aborde l'excision sous des angles très

différents, notamment via la parole des médecins, le témoignage des victimes, la perspective psychologique et la dimension juridique.

Le témoignage de Mahoua Kone, une femme originaire de Côte d'Ivoire, décrivant ses souffrances et son rejet total de sa mère, complice du crime, est particulièrement percutant.

Le principal objectif du livre étant de faire connaître au plus grand nombre l'excision et surtout les moyens de la « réparer », c'est dans cet esprit que nous retiendrons ici quelques informations importantes[1].

 

L'excision, pourquoi ?

L'excision touche encore aujourd'hui 130 millions de femmes à travers le monde. Un tiers des femmes africaines subsahariennes est excisé, mais la situation varie fortement d'un pays à l'autre (20% au Sénégal, 90% au Soudan). L'ethnie Mandé (Mali, Sénégal, Mauritanie, sud du Sahara) est toutefois très concernée. En Egypte, neuf femmes sur dix le sont alors que la loi l'interdit depuis 1997. Mais les témoignages recueillis en France par le Dr Michèle Wilish nous rappellent que ce phénomène ne nous est pas étranger : « Elles sont issues de tous les horizons sociaux, de France ou d'Afrique, elles sont modernes ou traditionnelles, elles ont tous les âges (de 18 à 65 ans)[2]». On estime que 53 000 fillettes et adolescentes vivant en France ont été mutilées ou sont menacées de l'être.

L'ouvrage répertorie un certain nombre d'explications avancées par les tenants de l'excision : des raisons psycho-sexuelles (afin de priver la femme de désir pour préserver sa virginité avant le mariage et sa fidélité une fois mariée, accroître le plaisir masculin) ; des raisons sociologiques (identification avec l'héritage culturel, rite initiatique, intégration sociale) ; raisons d'hygiènes et d'esthétique (les organes génitaux de la femmes passant pour être sales et inesthétiques) ; des raisons mythiques (accroissement de la fécondation et promotion de la survie de l'enfant) ; raisons religieuses (alors que la pratique de l'excision est antérieure à l'avènement de la religion musulmane, certaines communautés musulmanes croient en toute bonne foi que l'excision fait partie des prescriptions de l'Islam).

 

Les conséquences de l'excision

L'excision recouvre des pratiques plus ou moins mutilantes (la sunna, la clitoridectomie et l'infibulation[3]) mais toutes traumatisantes et dangereuses. Il ne faut pas, en effet, perdre de vue que 5 à 15% des petites filles meurent des suites de l'excision, selon l'OMS.

Le Dr Pierre Foldes, dans la préface de l'ouvrage, rappelle que la mutilation sexuelle féminine « atteint l'intégrité féminine et touche tous les aspects de la vie de la femme[4] », aggravant considérablement le pronostic obstétrical, affectant la vie sexuelle et le fonctionnement du couple, et modifiant l'image corporelle ainsi que l'intégrité physique et morale.

Par conséquent, l'excision relève en France de la cour d'assises. Depuis 2006, un nouvel article de loi étend l'application de la législation française en la matière aux mineures de nationalité étrangère résidant habituellement en France et victimes à l'étranger d'une mutilation sexuelle.

 

La réparation

Un acte chirurgical, pour lequel le Dr Pierre Foldes est très connu (ayant opéré 2500 femmes dont 2300 en France) permet aujourd'hui de réparer la mutilation. L'ouvrage en précise le protocole et le détail. Cet acte est remboursé en France à 100% depuis 2004. Même si l'ouvrage précise qu'un accompagnement psychologique est nécessaire, cette opération est toutefois qualifiée de miracle, témoignages à l'appui :

« Maintenant, je n'ai plus de problème. C'est comme une ouverture dans ma tête et dans mon corps[5] », nous dit Mahoua Kone.

Entière insiste enfin sur un point capital : la nécessaire formation des médecins français en la matière et rappelle que les professionnels de santé qui ne signaleraient pas la réalité d'une excision ou le risque encouru par une enfant risquent une amende de 15 000 euros et un an d'emprisonnement ferme, la prévention étant un des seuls moyens de lutter contre ce fléau.

 

Adresses utiles

- Association « Soutien aux excisées » fondée par Mahoua Kone :

- Docteur Foldes, Clinique Louis XIV, Saint-Germain-en-Laye :                0033 (0)1 39 10 26 26         ;                0033 (0)1 39 27 42 48        

- GAMS (Groupe de femmes pour l'Abolition des Mutilations Sexuelles et autres pratiques affectant la santé des femmes et des enfants) : http://pagesperso-orange.fr/associationgams/

[1] Marie-Noëlle Arras, Entière ou la réparation de l'excision, Editions Chèvre-feuille étoilée, collection « D'un espace, l'autre », 2008. Ces informations sont essentiellement issues de la section « En savoir plus » (p. 81-115).

[2], Ibid.,  p. 52.

[3]Ibid., voir les pages 84 et 85 pour les définitions précises.

[4]Ibid., p. 16.

[5]Ibid., p. 45.

Mon père site APA, Françoise Lott_ juin 2008

Leïla Sebbar:Mon père, textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, Montpellier, Éditions Chèvre-feuille étoilée, 2007, 348 p., ill.

Des femmes écrivains, 31 exactement, ont été invitées par Leïla Sebbar, auteur en particulier, parmi de nombreuses œuvres, de Je ne parle pas la langue de mon père (2003), et Mes Algéries en France (2004), à donner en un court récit le portrait de leur père. Toutes sont viscéralement liées au Maghreb : Tunisie, Maroc, Algérie surtout. Aucun texte qui ne porte la douleur du conflit entre l'Algérie et la France, aucun qui n'associe la patrie au père ; lien qui est d'autant plus douloureux que bien souvent la patrie est perdue et le père mort.

Si on donne au mot « tombeau » sa signification littéraire, ce recueil est bien un « tombeau » qui célèbre la place imminente du père, qu'il soit musulman, juif, chrétien, laïc. Si celui-ci peut être parfois despotique, il est celui le plus souvent qui a accordé « un soutien inébranlable » ou du moins donné à sa fille le sentiment d'être un être humain à part entière, dans des sociétés où c'est d'ordinaire le fils qui est privilégié. La voix du père s'est tue, disent-elles, mais le père, de son vivant déjà, était silencieux, mystérieux même : « La solitude de mon père est insondable », dit Annie Cohen, « Il était l'homme qui ne nous parlait pas », dit Tassadit Imache ; c'est encore celui dont on écoute le matin « une mélodie orientale chantonnée » dont on ne comprend pas les mots (Leïla Sebbar). Mais ces hommes qui ont souvent soupiré, pour détourner les questions : « c'est trop long. Trop long à dire, ma fille » (Zahia Rahmani), dont les filles ont hérité du tourment du déracinement, sont à la source de leur vocation et toutes, elles disent que l'écriture les a sauvées : « J'ai écrit. Les cris se sont tus » (Clémence Boulouque), « L'écriture, c'est mon sol » (Madeleine Laïk). Pour toutes, écrire, c'est rendre justice, se libérer, exister.

Ces récits sont ancrés dans une réalité historique et géographique, dans une recherche du salut ; nous sommes tous concernés. Et le lecteur que nous sommes, même s'il n'a pas, gravé dans sa chair et son cœur, la marque de tels évènements, est tenté de fermer le livre après chaque chapitre pour le reprendre un peu plus tard parce que, chaque fois, il se demande : « Et moi ? De mon père, qu'écrirais-je ? », parce qu'il sent qu'il n'y a pas d'autobiographie qui puisse contourner cette interrogation et que chercher à y répondre plonge dans une profonde rêverie.

Françoise Lott, juin 2008

Entière de Marie-Noël Arras, Chronique de Djillali Bencheikh- Radio Orient 24 mai 2008

Radio Orient : La réparation de l'excision par Djillali Bencheikh

Parmi les blessures aussi bien physiques que psychologiques subies par de nombreuses femmes à travers le monde l'excision représente encore un traumatisme trop souvent méconnu.

Le phénomène n'est pas limité aux lointaines contrées du Tiers Monde notamment africaines.

En France le problème pourrait concerner plus de soixante mille fillettes nous apprend Marie-Noël Arras dans son petit ouvrage au format mini guide de survie, publié aux Ed. Chèvre-feuille étoilée.

Le titre est à la hauteur de la problématique posée :

Entière ou La réparation de l'excision.

Car il s'agit bien là de réparer, de recoudre et surtout de reconstruire fibre après fibre les éléments d'un être déchiré mentalement et physiquement.

L'auteur fait d'ailleurs intervenir le docteur Pierre Foldes  qui dans sa préface parle d'écoute et de main tendue.

Après un long retour des pratiques à travers le temps et l'espace le praticien en arrive à la situation actuelle : L'excision et les mutilations sexuelles féminines perdurent  dans des niches ethniques et rejoignent les crimes non dénoncés comme le viol ou l'esclavage. Heureusement, nuance-t-il, depuis quelques décennies des prises de parole courageuses et des initiatives citoyennes ont commencé à faire émerger un mouvement de refus.

Le docteur cite l'exemple de femmes en Afrique sub-saharienne qui ont récemment désigné leur sexe mutilé et accepté de parler de leur souffrance.

Ces mutilations peuvent désormais être réparées : 2500 interventions ont été menées précise le docteur avec un taux de réussite de 80 pour cent. Le processus de récupération est mené grâce à un travail d'accompagnement sexologique.

L'excision touche environ 130 millions de femmes à travers le monde déplore Marie-Noël Arras qui publie les témoignages de personnes qu'elle a rencontrées.

Déplorer, dénoncer, oui mais il faut passer d'urgence au stade de la réparation. C'est là qu'elle découvre le livre chez Albin Michel du docteur Pierre Foldes.

Premier témoignage celui de Mahoua Kone. Devant les questions pressantes de Marie-Noël Arras qui touchent bien sûr au plus intime de l'écorchure elle hésite puis raconte le complot familial qui la fait se retrouver derrière un enclos en compagnie de plusieurs autres filles. Ce qu'elle regrette le plus c'est le comportement et la complicité passive de sa mère. Elle a participé à la conjuration sans la prévenir elle qui jusque là lui donnait de précieux conseils dans toutes les circonstances de la vie.

Et si, grâce à l'opération du docteur Foldes elle a récupéré son intégrité physique, elle n'a jamais pu dépasser cette trahison primale venue de la famille et surtout de celle qui incarne le lieu géométrique de la tendresse, la mère.

En fin d'ouvrage l'auteur propose un digest de ce que prévoient les lois en la matière et informe sur les hommes et les femmes qui sont à l'écoute des femmes mutilées. 

Entière de Marie-Noël Arras, La Gazette - 8 mai 2008

La Gazette- mercredi 8 mai 2008

Il  faut le dire haut et fort : on peut réparer l'excision, cette mutilation rituelle du clitoris encouragée par certaines cultures africaines. La Montpelliéraine Marie-Noël Arras fait le point sur la technique chirurgicale développée par l'urologue Pierre Foldes à St Germain-en-Laye. À travers des témoignages elle raconte le ressenti des femmes avant pendant et après l'opération. Le thème n'est pas anecdotique : l'excision, même si elle est interdite sur le territoire français, concerne 60 000 fillettes dans l'hexagone. Outre la région parisienne, les hôpitaux de Nantes, Angers, Marseille, Rouen et Poitiers sont en train de mettre en place  des unités d'intervention.  Entière ou La réparation de l'excision, Marie-Noël  Arras, 127p. 6€ Ed Chèvre-feuille étoilée

Filiations dangereuses de Karima Berger, Prix Alain Fournier, Berry républicain

Berry républicain - Lundi 19 mai 2008-05-19

Karima Berger, lauréate du vingt-troisième prix Alain-Fournier

SENSIBILITE. Karima Berger a dit de belles choses sur Alain Fournier.

«  Cette présence de l'étranger en nous et dans la société, cette ouverture vers l'ailleurs, c'est mon filon, c'est mon or à moi » a défini, avec un grand sens de l'à propos Karima Berger, samedi soir à la Cité de l'or.

En recevant le vingt troisième prix Alain-Fournier des mains du marie Thierry Vinçon, la lauréate a évoqué sa « découverte d'Alain Fournier, adolescente en Algérie. Les verts paysages du Berry (me) semblaient irréels » Filiations dangereuses c'est une double quête obstinée du père et des racines. De part et d'autres de la Méditerranée. Philippe Albou, secrétaire général du prix Alain Fournier, a donné une idée de la subtile écriture de la lauréate en en lisant un passage. Thierry Vinçon s'est plu à souligner la portée géopolitique d'un  tel roman, qui est bien de son temps : « Celui du dialogue méditerranéen. Beaucoup de classe, chez Karima Berger, à l'heure des remerciements. Elle travaille dans une tour de la défense « Mais ça ne m'inspire pas » a-t-elle confié avec humour.

Filiations dangereuses de Karima Berger, Prix Alain Fournier, Nlle république du Centre-Ouest

Nouvelle république du Centre-Ouest -Lundi 19 mai 2008

« Un aiguillon qui va me pousser à aller encore plus loin. »

«  Je reviendrai. Il y a une fidélité qui s’est installée » En remettant le 23e pris Alain-Fournier, le jury a fait plus d’une heureuse. « Ce que je retiens c’est l’encouragement. L’impression qu’on me disait : «  Karima, il faut que tu y ailles. » Ca ne veut pas dire que je ne doute plus, mais qu’il me faut aller plus encore à l’écriture, y consacrer plus de temps... » Son histoire d’amour sur fond de quête du père entre France et Maghreb a séduit le jury. Et la « Rencontre de l’étranger » contée par Karima berger a charmé. «  Je suis née en Algérie et mes parents vivent toujours là-bas. Je suis en France depuis 1975 et cette double culture je ne la considère pas comme une difficulté mais comme une richesse. Ce livre c’est aussi un peu mon histoire personnelle car même quand j’étais là-bas, j’avais déjà le sentiment d’être mariée aussi à un monde extérieur. »La littérature n’a fait qu’ouvrir un peu plus cette grille vers le monde extérieur et attiser la curiosité de Karima pour « l’étranger »comme Le Grand Meaulnes avait ouvert les portes du Berry, alors qu’elle le lisait sous le Soleil et les palmiers. «  C’est Alain Fournier le premier, qui a ouvert ses portes de l’imaginaire du Berry. Quand je lisais, je devais imaginer ce territoire que je ne connaissais pas. Mon livre s’appelle Filiations dangereuses et avec ce prix et la cérémonie de samedi soir, j’ai l’impression que cette filiation avec Alain-Fournier et mon travail mon ouverture s’est amplifiée »

Pour la petite maison d’édition héraultaise Chèvre-feuille étoilée née en Janvier 2000 et centrée sur les auteures méditerranéennes, ce prix est aussi un formidable espoir. C’est un grand encouragement, expliquait sa directrice Behja Traversac. Et cela veut dire aussi qu’on peut publier des œuvres sur la fraternité et la relation avec l’autre et avec l’étranger. »

Karima Beger a fini sa soirée samedi à l’école du Grand-Meaulnes à Epineuil

Le vertige du silence de Véronick Bournel, St Maur magazine, le 12 /11/07

Rarement à St Maur, nous avons eu l'occasion de vous parler d'un livre tiré d'un vécu. L'auteur n'a pas hésité à raconter cette traversée que fut le parcours de sa maladie jusqu'à la guérison. Poèmes et proses alternent avec des photos qu'elle a prises il ya longtemps. Elle n'a pas hésité non plus à se mettre en scène pour retrouver les différents stades de sa maladie. C'est alors que le photographe Pascal Revellin s'est fait complice afin de renouer avec justesse avec la vérité de l'auteur. Véronick Bournel ne triche pas avec les mots. C'est à la fois sans voyeurisme et sans tabou qu'elle exprime les phases psychologiques qui ont mis à nu sa sincérité et ce don aussi pour la profondeur de l'introspection. Un livre entre témoignage et descente au fond de soi. Dans chaque texte l'on devine comme une pureté intouchable encore plus subtile que l'espoir. C'est très beau parce que sincère et dérangeant. Un livre rare qui nous intériorise et nous invite à nous regarder tel que nous sommes dans le miroir de cet intime que l'on veut éviter trop souvent comme si l'on avait peur d'une confrontation. Et puis il y a cette maladie que l'auteur ne nomme pas et qui fait partie de nos peurs collectives. Voilà pourquoi ce livre est si beau, l'auteur a su intuitivement lier le texte à des photos qui, à elles seules, valent l'achat du livre. Quant aux textes, ils sont d'une rare intensité et permettent à chacun de puiser en fonction de son vécu et même (et c'est là le tour de force) de ce qu'il n'a pas vécu.

Filiations dangereuses de Karima Berger, par Annie Forest-Abou Mansour mars 2008

Filiations dangereuses de Karima Berger donne à lire une mise en abyme familiale où trois «je » s'expriment : ceux de Pierre, de Mahmoud et de Driss. Le lecteur ne sait pas d'emblée qui parle dans cette quête répétée du père, des origines, du nom - concrétion de l'essence - et de soi-même. Le même scénario se renouvelle et s'inverse allant d'échecs paternels répétés en rencontres impossibles entre un père et son fils. Mahmoud « dispar(aît) un jour, sans prévenir » pour « retrouver les siens au Maroc », laissant Martine seule avec son « rêve éveillé qu'elle veut poursuivre alors même qu'elle s'est éveillée depuis longtemps ». Pierre s'embarque vers le Sud avec Nadjîa, femme d'un ailleurs méditerranéen, qui lui « ouvre les portes d'un monde inconnu » et lui rappelle ce père, lui aussi, inconnu et rêvé. Driss, « enfant étrange, ni d'ici ni de là, qui n'(est) pas un parfait Arabe mais qui parl(e) un arabe parfait » remonte vers le Nord avec Susan, la Londonienne. L'image de la spirale et de l'enfermement s'impose d'emblée et entraîne le lecteur dans un vertige sans fin. Le temps devient cyclique : un enfant naît et grandit sans père. Puis tout recommence. On est dans le cercle infernal de l'enfermement, de la répétition.

Les points de jonction entre Pierre, Mahmoud et Driss sont la langue et la femme : la langue arabe du carnet, investi d'une immense valeur - ce carnet, susceptible de révéler l'identité et dont la traduction est promesse de vérité -, puis celle de Nadjîa, la traductrice ; la prononciation pleine de volupté de Martine et celle très douce de Susan. La connaissance de la langue est le premier pont entre deux civilisations permettant d'entrer dans le monde magique et secret de l'autre : « elle ne connaissait pas son pays mais elle savait dire son nom, elle avait compris que c'était aussi efficace qu'occuper un territoire ».

Avec la langue, la femme permet l'entrée, mais pas l'intégration totale, dans un monde autre, aux moeurs et aux coutumes différentes. Emmené avec Pierre à Médéa, le lecteur assiste alors à la confrontation de deux cultures. Pierre essaie de retrouver et d'assumer son identité mutilée en adoptant une autre religion. Mais il reste le « roumi » pour la famille de Nadjîa, la femme libre et forte. Karima Berger dévoile alors les non-dits, tout ce qui est caché au monde occidental : le refus d'un mari chrétien, l'hypocrisie des virginités refaites, « les saintes nitouches qui vous enveloppent de leur sensualité »... Puis l'apparente harmonie vole en éclat avec la circoncision imposée à Driss, ce lien mystique entre les êtres : « acte sauvage et pur, grégaire, accompli par tous, un acte qui exige de meurtrir pour mieux sceller la communauté, de saigner pour mieux témoigner de sa vitalité et assurer la survie de la horde ». C'est l'élément catalyseur : furieux, Pierre dont « le bonheur (est) fauché d'un coup, par une lame froide et haineuse » s'enfuit, abandonnant à son tour la femme aimée et l'enfant, « lui qui a rêvé de père, voilà qu'on lui vole son fils, à son tour, il ne sera pas père ». La boucle est bouclée.
Avec une grande maîtrise et une écriture mêlant violence et douceur, réalisme et poésie, Karima Berger conduit le lecteur dans les méandres d'un discours multiple, à la fois témoignage sociologique et objet littéraire.

Annie Forest-Abou Mansour (mars 2008)

 

Filiations dangereuses de Karima Berger, L'Hérault du jour du 01/12/2007

Les éditions montpelliéraines Chèvre feuille étoilée publient le

troisième roman de Karima Berger : Filiations dangereuses.

Filiation, paternité, identité, langue, amour hors frontières... Le troisième livre de Karima Berger aborde la question de l'origine dans ce qu'elle peut avoir de vénéneux. Il y a dans Filiations dangereuses quelque chose de Laclos. Mais c'est aussi un roman de femme qui ouvre un champ poétique entre des mondes antagonistes.

Le récit conte la quête obstinée et obsédante d'un père perdu. Celui de Pierre, qui rencontre Nadj, une femme venue d'un monde dont il ignore tout. Pierre confie son destin dans l'espoir de trouver des bribes de révélation sur sa filiation, qu'il croit contenues dans le carnet de ce père présumé. Nadj entreprend la traduction du journal intime écrit en arabe. A travers la langue et l'histoire, se tisse une relation ambiguë entre les deux personnages. L'échange s'alourdit d'une dépendance insaisissable qui lie Nadj et Pierre à leur passé. L'attrait d'une possible délivrance prend le dessus sur les plaisirs de la chair. « Cette femme l'attire dans un gouffre très doux, très noir, silencieux, une forme d'éternité, il entre en elle plein de craintes, comme s'il forçait les portes d'un destin qui ne lui appartenait pas ». Nadj, la traductrice cultivée qui a échappé à la tradition en défiant l'autorité de son clan, entraînera l'homme nu de ses origines, « dépouillé de ses méconnaissances », sur la rive algérienne. En répondant à l'appel de Médéa, Pierre passe les frontières invisibles, « la traversée de la mer lui a lavé les yeux », et s'engage dans un voyage voluptueux qui se refermera comme un piège.

L'atmosphère oscille entre le velours charnel et sucré et la tension extrême des sens. Karima Berger nous entraîne dans un voyage qui taille au rasoir. Entre plaisir et cruauté, les réalités se superposent comme des couches de mémoire silencieuse. Un récit chargé d'émotion, d'une rare intensité.

Jean-Marie DINH
photo DR

« Amours rebelles » de Behja Traversac, quotidien algérien Horizons 2007

«AMOURS REBELLES» DE BEHJA TRAVERSAC

Le mariage interculturel ou le déni familial Fruit de rencontres avec d'autres femmes comme elle ayant contracté un mariage avec un non-musulman, l'essai de Behja Traversac «Amours rebelles» apporte un regard nouveau sur celles qui ont par amour choisi de casser les tabous. L'ouvrage se veut la voix féminine de personnes qui ont bravé autant le refus des familles respectives que le déni de la société ancrée dans le conservatisme religieux. Ce sont quatorze femmes dont le parcours de vie a fini par se croiser dans le livre «Amours rebelles». Les mariages interculturels, pour ne pas dire mixtes ont généré des fractures familiales, et avec tout ce qui véhicule le passé et les souvenirs. Ces bris qui laissent des stigmates tout au long de l'existence de celles qui les ont contractés restent dominants sans pour cela altérer l'amour parental, fraternel et celui lié au pays natal. Le titre de l'essai est déjà éloquent en lui-même, c'est par amour que ces anonymes ont bouleversé la vision de «la fille» dans la cellule familiale musulmane, pratiquante ou non. Dès l'épanouissement de leur relation, elles ont décidé de transgresser les rites, la tradition, loi implacable, et la parole divine. Elles sont devenues, affirment-elles, de par ces deux continents différents par la religion, les us, les habitudes et auxquelles elles appartiennent désormais à travers leurs enfants «des espaces de l'hospitalité des cultures, des langues, des territoires symboliques» (Behja Traversac) Quelle est la part du sacrifice de l'un et l'autre dans les ménages et couples interculturels ? Quelle sera la religion de l'enfant né de cette union ? Comment concevoir que pour les siens on a perdu son âme pour avoir épousé un non-musulman ? Autant de questions ayant fait table rase des interdits de la parole, du comportement et des différents aspects de l'héritage ancestral. Celles qui ont permis d'écrire ce livre à Behja Traversac ont répondu pour la plupart d'entre elles comme étant la passerelle entre les deux rives de la Méditerranée, entre deux civilisations. A travers leurs réponses on sent que le concept musulman et le concept occidental ont été dépassés. Il ne reste que les relations sentimentales. Pourtant, Amel, catégorique, ne peut concevoir vivre autrement qu'avec un Algérien. Les traditions ancestrales demeurent pour elle telle une assurance-vie, dans le sens où elles la sécurisent dans son moi profond. De même en est-il pour Myriam, elle-même fruit d'une union entre un Algérien et une Allemande chrétienne pratiquante. Les couples mixtes ne l'ont pas empêchée d'être autre qu'une «Algérienne à 100% !» et de choisir comme compagnon un Algérien. Le problème est identique pour les Marocaines et Tunisiennes issues de familles traditionnelles qui séparent les mutations du monde de la religion.
Leïla N. Haut

ENTRETIEN AVEC BEHJA TRAVERSAC, AUTEUR DE « AMOURS REBELLES » (ESSAI SUR LES UNIIONS INTERCULTURELLES.)
«S'aimer soi-même comme un étranger»*
L.N. Les éditions Chèvre Feuille Etoilée ont acquis leur place dans le paysage éditorial en Algérie et auprès des lecteurs algériens, il en est autrement de vous, Behja Traverssac, voulez-vous vous présenter ?
B.T. Je suis co-fondatrice des éditions Chèvre Feuille Etoilée et j’en suis la présidente depuis leur création à Montpellier en janvier 2000. Je suis sociologue de formation, j’ai été longtemps cadre dans une entreprise publique algérienne. Je me suis installée à Montpellier en 1991 pour des raisons familiales. J’écris dans la revue Etoiles d’Encre que publient nos éditions et dont je suis co-rédactrice en chef avec Maïssa Bey et Marie-Noël Arras. J’ai publié deux ouvrages : La graine et l’eau aux éditions Le ventre et l’œil et Amours rebelles aux éditions Chèvre Feuille Etoilée.
Le travail que je consacre à la maison d’édition et le travail éditorial que j’y accomplis ne m’ont pas permis de publier davantage, sauf des nouvelles ou des articles. On ne peut pas tout faire… Je voudrais souligner que ce n’est pas un travail à trois, c’est un travail que nous pouvons mener grâce à la compétence et au dévouement sans faille de notre permanente, Edith Hadri que je tiens à remercier ici.
L.N. Amours rebelles est votre premier ouvrage, par quoi vous a-t-il été inspiré ?B.T. Amours rebelles est mon second ouvrage après La graine et l’eau. Il m’a été inspiré par plusieurs choses dont je ne citerai que trois qui me paraissent fondamentales : d’abord la liberté pour chaque homme et chaque femme de choisir son destin personnel sans que la société ou les idéologies, quelles qu’elles soient, y interfèrent ; pour moi toute interférence dans le choix de la personne avec laquelle on doit vivre est une violence. Ensuite parce qu’on m’a toujours appris que la plus grande hospitalité – à tous les sens de ce terme et il en a beaucoup – devait être réservée à l’étranger. Je crois d’ailleurs que c’est l’une des grandes valeurs de l’islam. Un étranger n’est pas forcément un ennemi.C’est un homme ou une femme venus d’ailleurs qui, en aimant une femme ou un homme du pays d’accueil, aime à travers cette femme ou cet homme ce pays. Il me revient cette phrase magnifique d’un psychanalyste et écrivain qui disait en sous-titre de son livre : "S’aimer soi-même comme un étranger. " Aimer l’Autre en soi.C’est toute la question de l’altérité qui est contenue dans cette phrase. Et enfin, les hommes au Maghreb ont la liberté d’épouser une non musulmane sans que cela provoque le rejet social. Alors, pourquoi pas les femmes ? A moins que les hommes et les femmes ne soient pas égaux en droits et devoirs.
L.N. Dans votre ouvrage, il est relevé que les familles musulmanes acceptent généralement très mal le mariage avec un non musulman, mais vous n'avez pas parlé des familles européennes quant à l'inverse de la chose ?
B.T. Le cœur de l’ouvrage, vous l’aurez compris, concerne les femmes au Maghreb. C’est la question centrale de l’ouvrage. On peut bien sûr se poser la question sur ce qui se passe en Europe lorsqu’une Européenne épouse un Maghrébin musulman. Cependant, ce n’est pas le thème que j’ai choisi.Si vous lisez attentivement ce livre vous constaterez deux choses : c’est que j’ai clairement situé mon terrain de réflexion et que j’ai laissé l’entière liberté à mes interlocutrices de dire les choses comme elles le sentent sans jamais intervenir dans leurs témoignages. Vous verrez ainsi que Zoulikha, le plus poignant de ces témoignages, met en cause ses beaux-parents non musulmans. Il ne s’agissait pas, pour moi, comme je le dis en introduction, de balayer tout le spectre de l’interculturalité ici et là-bas, c’est bien trop vaste, mais simplement de témoigner de ce qui se vit à la fois de subjectif et de structurel quant à l’exogamie et surtout… à l’endogamie… dans les sociétés du Maghreb.
L.N. Où s'arrêtent les concessions dans les mariages interculturels ?
B.T. J’avoue que je ne comprends pas trop cette question. Les concessions de qui envers qui ? Pour moi, une femme est une citoyenne, point. Sa vie privée ne regarde personne qu’elle-même. En quoi son engagement personnel concerne-t-il le reste de la société ? Je pense que parler de concessions c’est déjà admettre qu’il y a des frontières à ne pas franchir… pour les femmes… essentiellement…
L.N. Où se situe l'interculturalité pour les enfants issus de couples mixtes ?
B.T. Mais les enfants de couples mixtes sont de facto dans l’interculturalité. Ils sont issus d’une union interculturelle. Il résonne en eux l’universelle musique qui réunit en soi le monde. Consciemment ou non, ils savent que toutes les cultures sont composites, enchevêtrées depuis la nuit des temps et qu’ils se déplacent, eux, aux intersections des cultures de l’humanité. Si vous étudiez l’histoire de l’Algérie (et du Maghreb et du Machrek) et que vous vous arrêtez un instant au seuil de toutes les cultures qui s’y sont mêlées depuis les Phéniciens, nos interrogations d’aujourd’hui paraissent bien dérisoires… face à l’Histoire lourde qui structure ces sociétés…
L.N. Votre essai est édifiant quant à l'apport de ces femmes ayant bravé les interdits, mais il reste comme un goût d'inachevé du fait de l'absence de l'opinion des conjoints.
B.T. Vous savez, quand on construit un livre, surtout un livre qui a une résonance sociologique, on choisit le terrain sur lequel on va travailler. Mon projet était de faire parler des femmes soit de leur expérience, soit de leur opinion sur les unions entre une femme d’origine musulmane et un non musulman. Je n’avais pas d’ambition plus large.
L.N. Depuis la parution d'Amours rebelles et les témoignages apportés, y a-t-il, selon vous, une plus grande tolérance vis à vis de ces unions "rebelles" ?
B.T. Vous savez, c’est un livre d’information. D'éclairage. Un livre d’ouverture et d’amour. Je n’ai pas pensé un seul instant qu’il allait changer les comportements ou les mentalités. Ce sont des changements qui se passent sur le temps long, sur une véritable révolution culturelle, mon livre est loin d’une telle ambition.Dans ce livre, je mets simplement en mots des témoignages sur les sociétés du Maghreb à un moment donné de leur histoire, comme chaque écrivain témoigne des mœurs de son époque et c’est déjà une lourde responsabilité.
L.N. S'agissant des éditions "Chèvre Feuille étoilée", pourquoi ciblent-elles seulement l'écriture féminine ?
B.T. Eh bien parce que nous avons pensé que les femmes avaient besoin d’un espace de parole et d’écriture bien à elles. Bien sûr, dans les pays du Nord, les femmes ont gagné beaucoup d’espaces d’expression, mais dans les pays du Sud, peut-on en dire autant ? Par ailleurs, je pense que l’écriture des femmes (et non l’écriture féminine qui n’a pas de sens à mon avis) est dans l'immémorialité de l'absence, du silence, de l'immense majorité des femmes du monde entier de l'espace public. Elles en ont été exclues, donc exclues aussi de l'espace de l'écriture. Et cela pendant des siècles et des siècles. Elles portent donc dans leur inconscient cette marque de mise à l'écart. Et, comme chacun sait, tout se passe dans l'inconscient. Par ailleurs, la création, quelle qu'elle soit, porte l'empreinte de l'expérience historique, sociale et personnelle. Il est évident que l'expérience des femmes a été socialement et individuellement différemment marquée en comparaison de celle des hommes – notamment par le système patriarcal. C'est, à mon avis, cette exclusion séculaire mémorisée, cette différenciation historique qui donnerait une résonance, une tonalité différente à leur écriture. En tout cas en partie. Mais il y a aussi leur psyché, leur appréhension du corps, de la sexualité, de la maternité, qui influent sans aucun doute sur leur mode de transmission écrite (et orale aussi d'ailleurs).
L.N. Quels sont vos projets en matière d'écriture ?
B.T. Comme je vous le disais au début, l’édition et la revue Etoiles d’Encre dévorent mon temps d’écriture. Mais j’ai malgré tout des projets : un livre d’art sur le Sahara avec la contribution d’une grande passionnée du Sud de l’Algérie et de plusieurs écrivains et, je l’espère, un roman qui est écrit dans ma tête mais pas encore sur le papier.
(*) Jean Michel Hirt : Psychanaliste et écrivain français
Entretien réalisé par Leïla Nekachtali.