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ETOILES D'ENCRE

Etoiles d'encre est éditée sur papier et en numérique par article, à acheter ou à télécharger gratuitement, sur le site des revues plurielles.
Les éditions dédient ce site à toutes les femmes qui, depuis 2000, n’ont cessé de nourrir Etoiles d’Encre avec leurs textes, leur poésie, leur art et puis aussi, le plus souvent, la chaleur de leur solidarité et de leur indulgence. Elles sont nombreuses. Elles sont de Montpellier et de Sidi-Bel-Abbès, de Paris, d’Alger,  de Marseille et de Lyon, d’Estepona ou d’Alfaz Del Pi, de Tunis, de Rabat, de Montréal... Appel à textes en fin de page suivante

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Rêves et rives algériennes

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revue-13-14

Revue N° 13-14 mars 200

Dans ce numéro consacré à l’Algérie, dire le rêve, écrire le rêve, projeter le rêve est symbolique du temps du reflux, du temps de la vie, du « temps retrouvé ». C’était ‘’l’année de l’Algérie en France’’, c’était l’année où on mettait au jour les fragments d’amour murés dans les coeurs et dans le silence depuis si longtemps.

 

 


 

Détails

Prix : 8 € TTC

2003 - 276 pages
ISBN : 2-914467-07-9

Extrait Leïla Sebbar

Safia, tu esrevenue

 

Leïla Sebbar

Ce queje savais de toi. Si peu.

Je tevoyais de loin, de l'autre côté du mur, à travers les losanges métalliquesverts du grillage, debout contre la pierre, est-ce que des branches de romarindissimulaient ma curiosité ? Je me rappelle l'odeur des petites fleursbleues, il y avait bien du romarin, les minces feuilles argentées, et lachanson « J'ai descendu dans mon jardin / pour y cueillir du romarin /gentils coquelicots Mesdames / gentils coquelicots nouveaux... » J'ai oubliéla suite, il y avait des coquelicots dans les blés, et des cigognes. Lesgarçons avec qui tu courais à longues jambes de fille maigre, tu ne portais pasle saroual des filles des maisons où tu n'allais pas. Les garçons criaient àl'arrivée des cigognes « Berraredj ! Berraredj ! », lesbras levés vers les oiseaux qui survolaient la terre rouge de leurs jeux defoot avec ballon en chiffons et toi, tu criais avec eux, tu tapais dans leballon aussi fort que les frères et les cousins des filles qui ne devaient paste parler ni t'approcher, sous peine de coups maternels, ces garçons nousinsultaient mes sœurs et moi, où étais-tu dans ces moments de terreursilencieuse, je ne t'ai jamais vue aux côtés de ceux qui hurlaient vers nous,les aurais-tu encouragés, comme les femmes des guerriers musulmans lorsqu'ilsallaient à la bataille contre polythéistes et chrétiens, elles criaient plusfort que les hommes, les défiaient dans leur honneur, et toi à l'heure del'école, si tu avais été de la bande, je pense que tu aurais, non pas donné ducourage, mais en tête, tu aurais brandi des cailloux sans les lancer vers nouset tu nous aurais insultées, nous, les filles de la Française, protégées par unfrère aîné et un père, avec une maison, du pain et des gâteaux, un lit pour chacune,des draps fins et des couvertures de laine blanche, tissée à Tlemcen, les joursd'hiver, ces étrangères choyées, des ennemies, des Nazaréennes, tu n'auraispeut-être pas imité les garçons dans leurs gestes de garçons, obscènes, je dispeut-être, je ne suis pas sûre, fille tu vivais comme un garçon parmi lesgarçons des rues, mais ils avaient une mère et une maison. Et toi ?

J'ai dûposer des questions, ou mes sœurs.

« Orpheline,c'est une orpheline... » Ce mot je l'avais lu dans les livres illustrés dela collection Rouge et or, les miens, ceux de mes sœurs, je les lisaistous, orphelins et orphelines, Rémi, Heidi, Perrine... Je les retrouvais d'unroman à l'autre, presque toujours des séries jusqu'à la mère retrouvée parmiracle, rarement le père. Ainsi, une orpheline en chair et en os, toi,turbulente et intrépide, tu pouvais vivre la nuit, le jour, sans surveillance,libre de tes gestes et de tes cris, de tes amis aussi. Des garçons toujours. Etils ne t'insultaient pas. Tu jouais avec eux sur le stade, dans la rue le longdes cyprès du domaine, dans les wagons abandonnés de la vieille gare où nousallions par effraction, pas dans les wagons, seulement sur la petite esplanadecimentée de la gare, je ne t'ai pas rencontrée au bout de cette route, la seulegoudronnée ou encore chemin de terre ? Jamais je ne t'ai vue seule,marchant comme mes sœurs et moi, vers le village ou le long de la voie ferrée,lorsque nous ramassions des asperges sauvages, très minces et très vertes, pourl'omelette du soir. « Orpheline ». Tu n'allais pas à l'école, ni chezles filles, ni chez les garçons. Une natte sur terre battue dans une maisonpauvre qui te prêtait son toit, je pense, et le casse-croûte des journaliersdans les vignes, les oliveraies, les orangeraies, du travail pour chaque saisonet les moissons, un travail d'homme pour une orpheline dont les familles,nombreuses, déjà, ne voulaient pas au village. Et les ouvriers agricoles, lespetits colons, comment tu as su te défendre. Est-ce que tu t'es défendue ?Les servantes du domaine, celles qui ne se donnaient pas pour quelques sousdans les fossés et la paille, des femmes dont les enfants n'auraient pas mangésans elles, domestiques, les longues journées, la paye irrégulière, injuste,les humiliations, elles devaient résister au désir de fuite, abandonner tout,les enfants, le gourbi, la misère, les coups... Mais non. Elles n'abandonnaientpas et les plus jeunes, les plus jolies, la préférence des maîtres, celles donton réservait les forces et la beauté pour d'autres tâches, ces femmes-là, dansla maison du domaine nourries, habillées, baignées, parfumées, si elles nevoyaient pas une rivale dans l'orpheline, toi, l'orpheline trop brune à causedu soleil, maigre et sale, elles te donnaient une petite, toute petite hospitalitéet tu acceptais.

Safia.

[...]

Extrait Catherine Rossi

 

Afriquedu Nord
Jardinsdes déserts

 CatherineRossi

 

Il esttard, presque minuit, la nuit est noire même sur Paris, mais j'ai allumé toutesles lumières de l'appartement, pour conjurer l'ombre.

Uneaquarelle sèche à mes côtés, un jardin d'Afrique du Nord, foisonnant depalmiers et de cactus : des souvenirs mêlés de frondaisons et de lumièresqui sont venus ce soir sous mon crayon.

Lamémoire est ainsi : elle mélange les vieilles photographies, ellemultiplie les images et les ambiances, elle mélange les sentiments. Elle estpeuplée d'hommes, ceux qui m'ont aimée et connue, ceux qui ne m'ont pas connuemais qui m'aurait sans doute aimée ...

Ils ont tous en commun quelque choseet c'est leur histoire, celle de jardins et de désert en Afrique du Nord.

C'estaussi la mémoire des légendes arabes : tout au début, il n'y avait qu'unjardin et le bonheur y régnait. Mais les hommes furent imprudents, impatientset difficiles, découvrirent la colère, le mensonge et la haine ; pour lespunir, le sable envahit les jardins, engloutit les massifs et les fontaines,assoiffa les hommes, les brûla puisque l'ombre avait disparu. Le sable dudésert et l'eau des jardins, le soleil torride sur les dunes et la fraîcheurdouce des palmes : ombre et lumière, rires et larmes, bonheur etdésespoir.

Premier jardin

Annaba - Bône 1923

Léonce a retrouvé sa femme,Suzanne, venue de métropole, elle a vingt quatre ans. Ils se sont mariés enFrance en 1917, mais ce n'est qu'en ce début d'année qu'elle a enfin pu lerejoindre.

Il lui montre le jardin et ses plantations duprintemps, les semis qui s'épanouissent en ce printemps déjà très chaud. Pourelle, la traversée a été difficile : malgré la saison, la tempête s'estdéchaînée sur laMéditerranée.

Mais tout est oublié : il est là, enfinretrouvé et définitivement.

Il cache son plaisir des retrouvailles, surtoutconcentré sur ses réussites horticoles : le jeune bougainvillée a déjà desrejets et incendie la terrasse, dans une flamme rouge amarante.

Elle ne regarde que Léonce, un peu saoule duparfum des fleurs sous le midi et de son odeur à lui.

Leur rencontre à Troyes, sur le mail, en décembre 1916, a été décisive. Elleest devenue très vite sa femme, à l'occasion d'une permission et a ensuitedécidé de le rejoindre en Algérie, bravant les remontrances de sesparents : ce garçon, disaient-ils, n'avait pas d'avenir, ce n'était qu'unmodeste soldat, maintenant sans travail et les colonies sont dangereuses, leshommes n'y vont que par goût de la dépravation ... Peu importe, les parents setrompent toujours...

z

L'arrivée à Alger... il la revoit encore en laracontant à Suzanne !

 (...)Sur lequai à Alger, Léonce ne broncha pas et attendit patiemment son tour, émerveillépar la vue sur la baie. Après les sombres tranchées de Verdun, il était sousune lumière éclatante. La pluie avait cessé, lissant les contours du paysagedélavé, embellissant les reliefs en dentelle sur les hauteurs de la ville. Ilse laissa aller à la tiédeur qui montait du quai et séchait peu à peu sesvêtements. Les camarades poussaient, chahutaient pour certains, grommelaientpour d'autres, mais il ne les entendait pas.

Il eut l'impression soudaine qu'un sort lui étaitjeté, sans doute au cours de la dernière nouba dans les tranchées... Plus profondément,il croyait qu'un message lui était adressé : c'est ici que le destin leconduisait et il y resterait, subjugué par la blancheur et la beauté de laville, par ses sons, ses odeurs.

(...)Il avait attendu sonarrivée, rêvant à chaque instant de sa petite silhouette, imaginant son regardcurieux et dérouté, un peu angoissé par tant d'inconnu. Il s'était préparé àjouer le vieil habitué pour mieux lui apprendre à aimer cette nouvelle vie. Ilen avait rêvé et elle était là.

z

Il lui montre la maison, les vastes pièces qu'il afait repeindre pour son arrivée ; la peinture n'est pas encore sèche,boursoufle par endroit, souffrant peut-être déjà de l'humidité du port. Lesalon et la chambre sont emplis d'odeurs mélangées de peinture et de fleurs,surtout de jasmins.

Il a choisi la maison à cause d'eux : desjasmins grimpants, qui jaillissent des massifs, remontent la véranda pouratteindre le balcon de la chambre et s'éparpiller sur la terrasse qui domine lamaison.

En France, Suzanne se parfumait peu, seulement unegoutte d'essence de jasmin, derrière l'oreille et au creux du poignet gauche.

Cette plante est rare dans l'Aube, elle n'existepas dans les jardins ; ici, les jasmins foisonnent, envahissent, obligeantà plusieurs tailles dans l'année. Suzanne est émerveillée, même si Léonce n'arien expliqué, - il est trop pudique pour cela - elle sait à son léger sourireen coin les raisons pour lesquelles il a porté son choix sur ce jardin et samaison.

Pour lui, le choix de celle-ci a eu moinsd'importance que celui du jardin. En Champagne, la maison était le domaine desfemmes, les hommes vivaient à l'extérieur, happés par le travail et la vie duvillage. Ils ne rentraient qu'à la nuit tombée et partaient aux aurores. Lesfemmes s'occupaient de la maison, semblaient y travailler sans relâche, alorsque les hommes ne voyaient rien de ces quotidiens efforts domestiques.

Ici, c'est la même chose, les femmes tiennent demain ferme l'organisation de la maison et les hommes se retrouvent " à larue ", dès l'adolescence, se rassemblant de longues heures au café devantun verre de thé ou s'acharnant sur l'anisette. C'est sans doute le seul pointcommun entre les deux communautés bônoises, seuls les boissons différencientcette oisiveté apparente ou bien réelle.

Le jardin prend ainsi toute son importance dans lanouvelle vie à laquelle Léonce a longuement réfléchi en attendant Suzanne.Connaissant sa timidité, il sait qu'elle hésitera à se lancer dans le rythmeanimé et superficiel des réceptions organisées par les épouses de la colonie.De son côté, il éprouve le besoin de disposer d'un lieu tranquille, à l'écartdes terrasses bruyantes des cafés et des bancs surpeuplés du square Randon.

Le jardin rassemble toutes ses possibilités.Aussi, tous ses efforts se sont ils concentrés sur son ornementation.

[...]

 

 

Exrait Cécile Oumhani

 Un coin de pièce à soi

   Cécile Oumhani

un-coin-asoi.jpgTroissilhouettes dans une cour blanche. Des fillettes... Elles s'effacent dans la lumière.Zohra veut retenir son rêve, la joie qui la remplit alors qu'elle est assoupie,juste aux marges du jour. Mais ses yeux s'ouvrent déjà.  Le fil est rompu. L'image s'éloigne avec lavague et perd ses contours. Son corps, espace fluide brouillé de sommeil, gardel'empreinte de son bonheur diffus. L'onde d'un choc sourd, jailli du monde audehors, se propage en elle. Comme quand elle agite ses pinceaux dans le bocalpour les nettoyer. Les traînées de couleur se dispersent dans le liquide quidevient trouble, puis opaque. Le volet métallique s'est levé chez les voisins...Assez pour que l'image perde son éclat et son sens.

    Elle se glisse hors de la chambre. Ils sontendormis. Du temps, elle en a... Avant qu'eux aussi n'ouvrent les yeux.  Toujours les prendre de vitesse... Se décalerpar rapport à eux, pour  n'affecter enrien le cours tranquille de leur vie. Une force irrépressible vibre en elle, lasoulève. Leur café sera prêt. Le déjeuner puis le dîner... Les piments grillés, épluchéset pilés pour Khalil. Elle veillera à ce que la maison, leurs vêtements restentpropres. Le petit chemisier blanc à boutons rouges qu'aime porter Leïla, prêt,repassé. Ils la trouveront gaie, enjouée comme à l'accoutumée. Disponible,aimante, rien ne transparaîtra de ce qui la taraude. Attentive, elle guetterace qui leur manque, ce qui les trouble. Le thé, c'est le moment de leur servirun verre de thé. Elle le sait. La conversation fléchit, hésite, revient surelle-même. Mère, épouse, belle-fille... Elle les écoutera, pendant que la lamemonte... L'eau salée lui envahit les narines, la fait suffoquer. La lame emporteson corps et secoue les remparts qu'elle a placés pour qu'ils ne la voient paschangée, différente. 

    Deux temps se déroulent en elle. Deuxbobines qui se dévident. Elle en a le vertige. Eux et la ronde translucide deses gestes. Elle. Et son rêve qui file entre ses doigts... Quand donc ce brefmoment quotidien où le cercle se relâche dans la vacuité ? Ce point du jour oùils s'écartent, où le silence s'ouvre, où seule la lame gronde... Sa poitrineserrée sur ce qui l'attend dans ce petit bout de pièce qu'ils font mine d'oublier.« Zohra aime être un peu seule... Il lui faut ça pour se reposer ! » Parce qu'ilssavent qu'elle est différente, même si elle est sûre de le leur cacher. Il y aeu son frère aîné. « Si au moins elle s'occupait à quelque chose d'utile... Je nesais pas, moi. Elle pourrait commencer à broder le trousseau de Leïla ! » Ellel'a entendu. Pierre jetée contre sa poitrine. Lui prendre même ça ! Retombéesans bruit comme au fond d'une eau muette. Petit bout de pièce bleue avec salucarne d'où le ciel trace son rectangle de lumière. Zohra a confectionné unrideau de coton blanc.  Ainsi ils ne lavoient pas, même s'ils peuvent lui parler.

    L'eau a séché sur le papier à dessin gondolé.Surface creusée de vallées bleues, bosselée ça et là de collines ocre. Lesfeuilles s'empilent les unes sur les autres dans le carton à dessin. L'odeur dela peinture. Un espace coloré et vertigineux, juste à la pointe de ses doigts.Les pinceaux, les chiffons et les bocaux sont alignés sur l'étagère. Et l'ombre,sa fidèle compagne... Le carton à dessin qu'elle entrouvre pour y glisser uneautre feuille, sans oser regarder les autres. Si elle les sortait, elle les détruiraitpeut-être. La nausée reviendrait au creux de son ventre. Compositions bancales.Couleurs criardes, discordantes. Si loin de ce qu'elle voit entre veille etsommeil. Un tel démenti de la force qui la pousse au-delà de toute raison. Maisil faut qu'elle continue, à tâtons vers ce qui se profile au bout de ces terresoù elle s'égare toujours plus loin vers une scintillante ligne d'horizon qui frémità la crête de cimes bleutées. Chaque feuille blanche, la promesse d'une autre ébaucheun peu plus juste, un peu plus vraie.

 [...]

Choumicha Allal

 

Et la vie continue...

Choumicha Allal

 Novembre 2002. Le Ramadhan est là, de nouveau. Etavec lui est revenue cette ambiance si particulière faite de convivialité et depermissivité, notamment pour les femmes : sorties, fêtes, promenades nocturnes,soirées théâtrales sont de nouveau au menu.

Je me souviens de ce que j'écrivais il y aseulement 3 ans, de mon étonnement et surtout de mes réticences avantd'accepter, presque à contrecœur de sortir le soir, pour aller... au théâtre dela ville.

"Authéâtre ? Moi ? Non, jamais..." Voilà la réponse que j'ai faite à mes enfants lorsqu'ils m'ontinvitée à les accompagner au festival de musique andalouse organisé à cetteépoque. Cela faisait quelques années que je ne me hasardais plus dans desendroits pareils, et à de telles manifestations. Vu le contexte de l'époque,les nouvelles atroces et bouleversantes qui nous parvenaient chaque jour, lapeur qui accompagnait chaque geste du quotidien, quoi de plus normal qued'ajouter : "Non, vraiment, lecœur n'y est pas !"

C'était sans compter sur l'obstination de mesenfants qui ont fini par me convaincre que la vie devait continuer... qu'il étaitnécessaire pour moi, pour eux, pour tous de braver la peur, de résister.

"Surprise!Toutes ces lumières dans la ville, ces rues animées... les mêmes rues qui, il y aun an à peine, étaient totalement désertes et silencieuses! Cela me semblepresque irréel! Et tous ces jeunes, ces familles amassées devant les portes duthéâtre, des rires, des discussions, des embrassades et des retrouvailles..."

En relisant cela, je revois nettement ces jeunesfemmes et ces jeunes filles parées pour la circonstance, le bonheur qui selisait dans leurs yeux. Bonheur de retrouver "la normalité" de lavie. Renouer avec la tradition, retrouver le plaisir d'écouter de la musique andalouse,de fredonner en sourdine les airs très anciens qui nous ont bercés depuistoujours. Bien sûr, il y eut quelques perturbations pour les amoureux de latradition, mais n'est-ce pas ainsi que la jeunesse manifeste son désir deprofiter de chaque instant ?

Ce mois de décembre, malgré le froid, malgré lesterribles nouvelles qui continuaient de nous arriver, parfois très proches,nous sommes allés presque chaque jour au théâtre. Nous y avons fait desrencontres, des amitiés se sont nouées, qui durent encore. C'était important desavoir que nous avions besoin les uns des autres, qu'il était nécessaire pournous de partager des instants de bonheur, rassurés sans doute par un serviced'ordre discret mais toujours présent.

Une question restait cependant posée: Tout lemonde avait pris goût au spectacle, mais qu'allait-il se passer par lasuite ? Le théâtre allait-il fermer jusqu'au prochain Ramadhan ?Etait-ce vraiment le signe que quelque chose avait changé ? La réponsenous fut donnée très vite, le soir même de la clôture du festival de la musiqueandalouse. Le théâtre allait encore résonner des voix des comédiens et desapplaudissements du public, et ce dans le cadre d'un autre festival, celui duthéâtre amateur.

C'était comme si nous avions retrouvé notre âme.Quelque chose s'était amorcé, un irrésistible mouvement, une réaction vitale ensomme. Nous avions enfin et ensemble découvert que l'on pouvait exorciser lahaine et le sang par la rencontre et le partage. Une leçon que nous ne sommespas prêts d'oublier.

Sidi-Bel-Abbès - novembre2002

    


   
  
 
 


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Dernière mise à jour : ( 07-04-2009 )
 
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